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Le chemin d’Omissy

 

      Jadis, partait de l’endroit improprement appelé : « Le Moulin Brûlé » (car l’emplacement véritable de cet antique lieu-dit était de l’autre côté du canal) donc plus exactement : jadis partait entre le pont et l’estaminet Vincent, qui fut longtemps la gare terminus du Cambrésis, un chemin de terre affreux au pied mais joli à l’œil qui menait droit à la ferme de Brocourt. Là, il prenait apparence de route honnête et conduisait dans le village d’Omissy.

     En été, après une longue période de sécheresse, on pouvait sur une sente capricieuse tracée entre les voies des tombereaux formant ornières profondes, s’y risquer à bicyclette. A la première pluie, il fallait y renoncer et cheminer à pied sur la voyette tracée par les piétons dans le champ voisin. Le fuseau, délimité par le canal à droite, le chemin de terre à gauche, n’était pas sans agrément; il se terminait en marécage à partir d’une maisonnette cachée derrière un grand mur blanc, mais au départ c’était un pré étroit et vallonné qu’ombrageaient quelques beaux arbres et qu’agrémentaient des buissons. Les moutons en ballade y maintenaient l’herbe courte et drue. Là, le dimanche, venaient s’assoir des marinières ou des couples inquiétants de traîneurs et traîneuses de savates.

      Sur la proposition de M. Léon Ringuier, le Conseil général décida de faire de cette voie de terre un chemin d’intérêt commun ayant son état civil, c’est-à-dire classé.

     C’est maintenant « l’embranchement d’Omissy » du chemin d’intérêt commun n°17.

     Omissy qui n’avait pas de chemin classé en est maintenant comblé : on lui en a offert trois d’un seul coup mais celui-là seul nous intéresse.

     Bref, « l’embranchement d’Omissy » a coûté 20 000 francs au département et à l’Etat pour les 1 000 mètres de sa partie construite et les 900 mètres- de la ferme de Brocourt à la ferme de M. Sandron- de sa partie parachevée.

     La chaussée est encore poussiéreuse quand il fait sec et boueuse quand il pleut, mais il faut qu’elle se tasse et, l’an prochain, elle restera bonne en toute saison.

    Ce chemin réduit à 4,200 mètres environ la distance entre l’hôtel de ville de Saint-Quentin et la mairie d’Omissy; c’est une ligne presque droite. Et encore, peut-on y gagner 1 200 mètres par le tramway de Remicourt.

    Ce n’est pas un « chemin de tourisme », d’autant plus que tous ces travaux ont anéanti la petite poésie qui gisait encore à droite – à gauche c’est tout le temps de la betterave !

    Cependant la ferme de Brocourt, avec ses haies et ses toits vus à travers les arbres, a gardé son aspect de lieu « qui doit être ancien ». Et, en effet, ce fut au douzième siècle un fief noble ayant des seigneurs particuliers ; au commencement du treizième siècle. Raoul de Brocourt donna sa terre aux moines de Saint-Prix de Saint-Quentin.

     Et ce lieu a gardé quelque chose de vénérable et de doucement mystérieux.

LEBADEAU

Journal de Saint-Quentin.

16 septembre 1911

Fonds local. B.M. 

     

                                 La départementale 675 aujourd'hui

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