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Articles ❯ Saint-Quentin , il y a 100 ans ❯ Testament de Mme Leblanc

 

Le testament de Mme Leblanc

 

Voici les dispositions testamentaires de Mme Leblanc, dont nous vous avons annoncé la mort et dont la fortune était considérable, cinq millions de francs environ. 

Les hospices sont légataires universels, mais à charge de très nombreux legs particuliers.

Ces legs sont même si nombreux et les usufruitiers sont tels que les hospices n’entreront en possession que d’une somme relativement modeste  étant donné la succession, et dans un temps assez éloigné, selon toutes les prévisions.

Le Bureau de Bienfaisance a 200 000 francs pour sa part.

La ville n’a rien.

Mme Leblanc avait primitivement laissé à la ville de Saint-Quentin, l’huilerie du boulevard Victor Hugo avec 150 000 francs pour la transformer en école, mais après la fameuse galéjade de M. Nordet, alors maire de Saint- Quentin, à l’assemblée des actionnaires de la Compagnie du Nord, Mme Leblanc codicillante annula cette donation et tint à faire savoir la raison de cette révocation.

La maladie ne lui permit pas de rétablir son legs généreux depuis les dernières élections municipales

Nous rappelons cet incident, coûteux, il en vaut maintenant la peine puisque le récit en ressort exactement à 8 000 francs la ligne :

Le samedi 29 avril 1911, quelques temps après sa nomination à la mairie, M. Nordet se rendit à l’assemblée générale de la Compagnie du Nord comme représentant de la Ville de Saint-Quentin, propriétaire des 250 actions provenant des libéralités posthumes de M. Lécuyer.

C’était l’année qui suivait la grève des chemins de fer. M. Nordet proposa un ordre du jour en faveur de la réintégration des cheminots révoqués.

Cette proposition venait après l’approbation d’une lettre au ministre des Travaux publics par laquelle le président du  conseil d’administration se refusait à la réintégration en bloc des grévistes révoqués.

Aussi  n’était-ce qu’une plaisanterie. M. Nordet n’avait pour but que de faire une petite réclame autour de son nom nouvellement sorti de l’obscurité.

Ce qu’il considérait comme une galéjade n’était qu’une incartade. Il n’avait pas songé que son devoir strict, comme représentant de la ville de Saint-Quentin, était de respecter la volonté des morts, et que M. Lécuyer n’avait évidemment pas fait son legs dans cette intention.

Ce pétard fit d’ailleurs long feu et la médiocre plaisanterie du magistrat municipal fut très sévèrement jugée.

Elle vient de recevoir un châtiment inattendu mais qui retombe sur d’autres.

Décidément, nos maires nous sont chers ; à notre connaissance, M. Caulier, par son odieuse laïcisation a empêché l’octroi d’un legs de près d’un million aux hospices et M. Nordet, plus modeste, se contente de faire payer une blague de sa façon 230 000  à la Ville.

Ne recommençons plus l’expérience.

La ville reçoit cependant 20 000 francs pour l’aménagement du musée, plus quelques tableaux, une cheminée et un peu de mobilier pour Fervaques.

Nous ne pouvons évidemment entrer dans le détail des legs particuliers qui sont nets, tandis que les legs publics supportent les charges y afférentes.

Somme toute, l’héritier le plus avantagé c’est l’Etat qui touchera, sous forme de droits de succession, la somme d’un million environ.

 

Journal de Saint-Quentin

22 juillet 1912

B.M. Fonds local

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