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Sur le canal de Saint-Quentin. Irrégularité de la navigation

                          

 

Le «Journal de la Navigation » consacre un long article pour signaler l’irrégularité de la navigation sur le canal de Saint-Quentin.

Notre grande voie navigable qui relie Paris au Nord de la France, serait mal utilisée et les armateurs et bateliers éviteraient le plus possible les frets sur Paris peu avantageux par suite des retards que ménagent la traversée du canal de Saint-Quentin.

Aussi la Compagnie du Nord peut livrer tous les wagons dont elle dispose aux charbonnages du Nord et du Pas de Calais. Elle a atteint pendant la dernière quinzaine son chiffre le plus élevé de 78 000 wagons.

« Nous avons signalé en novembre,dit notre confrère , comment les bateaux vides mettaient seize jours pour venir de Chauny à Cambrai. Des pointages faits le mois dernier montreraient sans nul doute que la situation a encore empiré.

« Les voyageurs circulant dans les trains de la ligne de Belgique, à la Noël, ont pu constater que de Chauny à Saint-Quentin, les bateaux vides ou chargés se trouvaient littéralement à la queue-leu-leu. Il n’était pas besoin d’aller sur place pour se rendre compte de la situation. Elle se découvrait de la portière du wagon. Mais nous sommes allés personnellement constater le fait sur le canal de Saint-Quentin, à Tergnier- Fargniers et à Chauny. Cet encombrement du canal de Saint-Quentin, l’incapacité de cette voie navigable à absorber les bateaux venant de l’Est par le canal de l’Oise à l’Aisne et de Paris à Rouen par le canal latéral à l’Oise , avait naturellement pour conséquence d’encombrer les biefs du canal latéral à l’Oise et de faire refluer les bateaux vides en masses épaisses sur Janville, en rangées de six péniches de front jusqu’au-delà du pont de Compiègne.

« Mais tout aussi bien que la constatation, les tableaux des passages quotidiens pendant les mois de novembre et de décembre; aux écluses d’Iwui et de Chauny apportent la démonstration péremptoire du rendement inégal et insuffisant du canal de Saint-Quentin.

En effet, aux deux écluses extrêmes, ces tableaux démontrent une étonnante irrégularité des passages.

Ainsi au mois de novembre, huit fois l’entrée des bateaux à Chauny dans le canal de Saint-Quentin baissait au-dessous de quarante par jour, pour tomber même à 6,24, 26, 28, tandis que d’autres jours, elle dépassait 60 et 70. En décembre, neuf fois il entra moins de quarante et il en sortit plus de soixante.

Aux lecteurs de faire eux-mêmes, continue le Journal de la Navigation, les commentaires que ces chiffres, si variés, doivent suggérer incontestablement. Ces tableaux fournissent la preuve que le personnel des éclusiers est présentement déplorable. C’est une situation déjà signalée et qui va s’aggravant d’année en année à mesure que l’autorité de l’Administration ,sur le personnel des éclusiers et de gardes navigation, aussi bien que sur les entrepreneurs de halage obligatoire ,semble se relâcher et son action se détendre.

L’existence d’un souterrain unique est certainement l’une des causes de l’insuffisance du rendement du canal de Saint-Quentin. Le mauvais temps, les grands vents sont aussi venus beaucoup contrarier la navigation. Mais le Canal de Saint-Quentin joue un rôle exceptionnel dans notre réseau fluvial. C’est comme le tronc commun de nos voies navigables et longtemps l’organisation de la marche des bateaux y fut exceptionnellement régulière et bien comprise.

Si le souterrain est insuffisant, il appartenait à l’administration d’y remédier en proposant les mesures nécessaires et au besoin son doublement. Peut-on affirmer que tout le nécessaire a été fait pour augmenter son débit quand on se souvient que pour procéder au remplacement de son touage à vapeur par le touage électrique, il a fallu qu’un accident vint à se produire, qui eut pu être une catastrophe coûtant la vie aux mariniers de la trentaine de bateaux faisant partie d’un convoi et à leurs familles vivant à bord (1),

Quant au mauvais temps et aux grands vents ce sont les intempéries inhérentes à la navigation avec lesquelles il faut toujours compter. Une bonne organisation de l’exploitation d’une voie navigable doit surtout faire ses preuves quand ces difficultés viennent à se produire. Le mérite est faible d’obtenir un chiffre élevé d’éclusées en pleine belle saison dans les périodes de jours longs, de ciel pur, de chaud soleil et de temps clair. Or, d’année en année on constate que le moindre à coup, un jour de grand vent suffisent à désorganiser la marche des bateaux sur le Canal de Saint-Quentin et à leur infliger des retards inadmissibles. A Saint-Quentin, on nous faisait la remarque que dans les cas de mauvais temps et de grand vent le canal débitait plus de bateaux autrefois avec une seule écluse qu’aujourd’hui avec des écluses doubles.

 

  1. Pour une cause restée inconnue les mariniers furent pris d’un commencement d’asphyxie pendant le passage du souterrain. M. Naudé, alors ingénieur des ponts et Chaussées à Saint-Quentin substitua en peu de temps le touage à vapeur par la traction mécanique.

 

 Journal de Saint-Quentin, 8 janvier 1912

  B.M. Fonds local

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