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Sous la Botte (54)

'INAUGURATION DU CIMETIÈRE MILITAIRE.

Pendant les pourparlers qu 'avait nécessités cette petite cérémonie, le maire avait appris qu'on allait inaugurer « dans l'intimité » le Monument aux morts du cimetière militaire et qu'il serait requis d'être là ainsi que plusieurs de ses concitoyens. Le lundi 18 octobre à 7 heures du matin, il fut avisé que c'était pour ce jour, à 11 heures. Des précautions sans nombre avaient été prises tout autour de Saint-Quentin. C'est ainsi, par exemple, que les voitures de ravitaillement étaient visitées de fond en comble et leurs occupants poussés dans un petit local où il leur fallait se déshabiller.

Je priai Pierre Dony, conseiller municipal, que je savais qui serait invité, de m'écrire ses impressions, ce qu'il fit, et les voici :

Grisaille. - Dix heures et demie (temps allemand) à l'horloge de l'Hôtel de Ville. Deux landaus, envoyés par la kommandantur, conduits par des soldats, sont venus se ranger face à la mairie en bordure du terre-plein. Dans le premier prennent place MM. Gibert, Vittini, Bétems, délégué de la Commission municipale et Labouret, avoué-conseil de la Ville. Je monte dans le second en compagnie de m. le Chanoine Démaret, archiprêtre de Saint-Quentin, et de M. Basquin-Bertaux, chez qui l'empereur est descendu déjà deux fois.

Par la rue Saint-Martn, l'avenue Faidherbe, les rues de Paris et de la Chaussée-Romaine, les voitures nous emmènent au grand trot vers le Cimetière Saint-Martin.

Impression de malaise, de contrainte douloureuse, dans cet acheminement rapide vers un pèlerinage de commande, à travers les rues populeuses, à cette heure encombrée d'officiers se rendant à pied, plus rarement en voiture, au lieu de la cérémonie, de gendarmes et de soldats en service commandé et de passants dont l'œil, non prévenu, s'étonne de ce cortège en habits noirs, cravates et gants blancs, comme aux jours joyeux des grands galas municipaux.

Sans retard les voitures brûlent les postes de surveillance discrètement établis dès la rue de Paris et le long de la Chaussée-Romaine : des soldats en faction esquissent le geste de rectifier la position à la vue soudaine de ce cortège officiel ; spontanément des officiers le salent. La circulationdes voitureset des piétons a éé restreinte dans la rue de la Chausée-Romaine ; elle est complètement interdite dès les dernières maisons du faubourg.

À quelques mètres au-delà du pont qui enjambe le chemin du Vermandois nos voiture s'arrêtent : Il ya sur le côté gauche de la route toute une compagnie d'infanterie qui s'aligne, cadre au complet, comme pour une revue. En tête le général von Nieber, entouré de son état-major, très courtoisement nous accueille : il nous invite à gagner le Cimetière à pied et à aller nous placer auprès du monument. Sans escortes nous longeons le front des troupe et nous pénétrons dans l'enceinte. Le lieutenant Bonsmann, de la Kommandantur, nous reçoit et nous conduit jusqu'au pied de l'édifice. Nous nous rangeons à gauche, du côté des tombes françaises, et nous attendons.

                                                                     

De chaque côté de la large allée transversale qui aboutit au monument commémoratif, les tombes des morts au champ d'honneur s 'alignent dans une rectitude rigoureuse. À gauche, les Français : ils sont là cent cinquante environ qui dorment côte à côte avec quelques Anglais, victimes pour la plupart des journées de fin août 1914. À droite, les tombes allemandes s 'allongent : sorte de tranchées qui contiennent déjà plus de six cents corps ; la dernière fosse bée dans l'attente de la proie prochaine.

Le cimetière tout entier a reçu ces jours derniers une ultime toilette : une équipe nombreuse de soldats a méthodiquement, méticuleusement revisé les moindres détails du plan d'ensemble. Dès les premiers jours de l'occupation, l'autorité militaire allemande a pris la haute main sur ce champs de repos, sauf en ce qui concerne l'édifice commémoratif – et surtout quand il s'est agi de solliciter une subvention pour sa construction. Jamais,on n'a consulté l'administration municipale sur les dispositions prévues pour ce nouveau cimetière. Jusqu'à ce jour il a été entièrement tracé, planté et façonné par des mains militaires : tout l'indique, jusqu'aux poteaux jalonneurs ; nous sommes, sur terre française, dans un cimetière allemand.

Sur les tombes, c'est une profusion de plantes, de fleurs fraîchement coupées : tout cela est disposé avec un goût géométrique, à l'allemande. Dans les soins apportés à la décoration, point de différence entre le côté droit et le côté gauche : l'armée allemande a le culte de tous les morts. Elle est pleine de sollicitude pour ses ennemis, quand ils sont dans la tombe.

Peu à peu, le cimetière s'est peuplé de vivants : il y a là maintenant, se tenant très à l'écart du monument et de nous, toute une foule d'officiers, de soldats d'administration, d'infirmières et d'infirmiers, qui s'est épandue, dans un ordre voulu, parmi les allées. Au premier plan, face aux tombes françaises, une section de brancardiers volontaires aligne ses caquettes blanches.

Dix heures cinquante. Au loin, derrière nous, du côté du pont nous percevons un vague brouhaha : une musique joue, un hourra retentit ; puis cest le silence. Et d'instinct, nous étant retournés vers le chemin que nous cache à peine un rideaude jeunes plantations, nous voyons une escorte qui s'avance.

Alignés sur le bas-côté de la route, nous tournant le dos, les troupes présentent les armes : seul, précédant, de quelques pas un cortège d'uniformes, un homme marche, l'œil impérieux, le regard planté haut et droit sur le rang immobile des soldats.

L'entrée du cimetière est franchie. L'avenue du monument s'est soudain déblayée de la multitude d'officiers en attente et, très large, toute blanche de fin gravier bordé de verdure tendre, l'allée s'ouvre devant l'empereur. Deux haies compactes se sont formées d'officiers de tous rangs, de toutes armes, dans la position figée du salut militaire allemand.

L'allure altière et détachée, l'empereur rend le salut : d'un pas ample, posé, élastique, très « majesté », il s'avance escorté, mais à distance, d'un état-major de princes, de ministres et de généraux.

La scène est inoubliable tant elle est entourée, dans son cadre strictement militaire, de solennité pompeuse et de faste imposant.

Évidemment, aux yeux de cette foule unanimement tendue dans un Ave Cœsar muet et dont nos aïeux, contemporains de Napoléon, auraient sans doute compris les sentiments, c'est le Maître qui s'avance. Pour nous, contemporains de M. Poincaré, tache démocratique d'habits noirs maculant l'uniformité grise, c'est dans un décor brossé en camaïeu, au milieu d'une figuration du Châtelet, l'entrée en scène d'un Mounet-Sully néronien.

Parvenu à l'extrémité de l'allée, à quelques pas de nous, l'empereur, d'un regard rapide enveloppe le monument et, tout de suite, dans un brusque à gauche vers notre groupe, sa main se tend vers celle du maire de Saint-Quentin : - « C'est joli, n'est-ce pas ? J'espère que vous êtes content du résultat... » M. Gibert a à peine acquiescé que déjà Sa Majesté s'est retournée et, apparemment, s'enquiert auprès du général von Nieber de l'ordre de la cérémonie. Immédiatement chacun prend sa place suivant les règles protocolaires et les discours commencent.

                                                                         

D'abord, c'est un pasteur protestant allemand : talons bottés, joints militairement, buste que sangle jusqu'au col une longue redingote grise, chef que coiffe un large feutre de même couleur enrubanné de violet et cambré à la boy-scout. L'uniforme et la tenue sont tout un symbole : celui de la religion militarisée, mise au service de la guerre. Du haut des marches du péristyle. Bible en mains, il lit d'une voix retentissante un long discours dont le sens nous échappe, mais dont le débit facile, rude et sonore nous donne l'impression de l'éloquence. Il s'est inspiré de ce texte de l'épître aux Corinthiens : « La mort a été engloutie pour la victoire. O mort, où donc est ta victoire ? »

En face, à dix pas, au milieu de l'allée, dans un isolement auguste, l'empereur se tient immobile : la jambe droite s'infléchit légèrement en avant, reportant à l'opposé tout le poids du corps, la main gauche, au bras plus court, s'appuie sans affectation sur la garde de l'épée tandis que la dextre se joue d'un bâton de commandement ornementé d'argent.

La silhouette est haute, droite, presque svelte : elle se drape dans la longue capote d'officier gris-bleu, passepoilée de rouge, aux épaulettes bâtonnées d'or de feld-maréchal. Toutefois,le col et l'intérieur du manteau se foncent de la tonalité chaude d'une fourrure rare : c'est là tout le luxe discret de l'uniforme. Le reste de la tenue, jusqu'au « casque à pique » - comme disent les Allemands – revêtu de sa housse traditionnelle, est strictement réglementaire : botté de cuir fauve, ganté de chamois, le Kaiser est tout de gris habillé, comme le plus obscur de ses soldats. Sur la poitrine, presqu'au collet de la veste, un large ruban formant cravate plaque la note discordante d'un rouge qui éclate et qui saigne. Au-dessous, bordant le vêtement, c'est le deuil blanche et noir de l'insigne de la Croix de Fer.

Immobile, le Kaiser écoute le discours du ministre de sa religion. Tel qu'il s'offre à nous, son visage est en pleine lumière et pendant vingt-cinq minutes – tout le temps que dureront les discours – nous pourrons nettement en détailler les traits. Le masque est impassible : il ne trahit nulle émotion, n'exprime aucun sentiment. Au-dessus des pommettes qui saillent, l'œil demeure sévère plutôt que dur. Le retroussis de la moustache semble s'être affiné : il se fond presque dans le fond uniformément basané du visage. Sous le casque, vers les tempes, la note largement grisonnante, presque blanche, des cheveux, ne cherche point à se dissimuler. Qui a parlé de visage défait, de traits déprimés par la maladie ou la fatigue ? Historiquement la vérité oblige à ne voir dans le souverain que nous avons devant nous qu'un homme envers qui la cinquantaine bien sonnée se montre plutôt clémente. Rien de plus.

Le pasteur allemand a fini son discours : tout de suite M. le chanoine Démaret prend sa place. Avec une aisance fière, une dignité grave, sur la plate-forme du monument, il plante le profil de sa soutane qui se détache crûment sur le bleu-gris de la pierre. Et, dans l'attitude noble et réservée de ce prêtre qui harangue un souverain, dans le langage simple, élevé, de ce ministre du Dieu de miséricorde – et dont la tenue aussi bien que la délicatesse d'expressions contrastent singulièrement en ce lieu avec celles de l'orateur qui l'a précédé – apparaît tout entière l'image du clergé catholique français, emblème de modestie et de décence que n'ont retrouvé nulle part, même en Espagne, même en Italie, ceux qui ont parcouru l'Europe.

Avec une attention soutenue, l'empereur a écouté le discours de l’archiprêtre : à plusieurs reprises ses yeux ont ponctué la phrase d'un signe d'approbation. Mais quand le prêtre a parlé du deuil des mères et des épouses, un réflexe soudain des muscles de la face – si instantané, si imperceptible que seuls nos yeux immuablement fixés ont pu le saisir – a marqué un sentiment d'humeur. Cette brusque expression de dépit passera encore, rapide comme l'éclair, sur le visage de l'empereur quand tout à l'heure M. Gibert, dans sa réponse au général von Nieber, évoquera un même tableau de femmes en pleurs.

Incontestablement c'est parler de corde dans la maison d'un pendu ! Et, politique avisé, Sa Majesté estime que ce n'est pas le moment d’amollir le cœur de ses soldats par la représentation d'un cortège de larmes et de détresses. S'ils ont des oreilles, heureusement ils n'entendent pas !

Le ministre catholique a fini : dans une dernière prière qui s'envole tout entière inspirée de sentiments de paix et de pitié sa voix s'est tue. Et voici qu'au milieu du grand silence une autre voix lui répond : la bas, à l'ouest, derrière l'ondulation de terrain qui borde ce fond de vallon, c'est le canon qui tonne.

Que jusqu'alors notre attention absorbée, nos oreilles accoutumées n'en aient point perçu le son, c'est vraisemblable. Mais, à cet instant, en ce lieu, la grande voix atteint soudain une acuité angoissante. Lents, graves, les coups se succèdent maintenant avec une régularité implacable et la note poignante s'en va sous le ciel gris, s’égrenant au loin dans la plaine , par delà les champs et les bois noyés de brume, comme un appel lancinant et infini de la formidable tragédie qui se joue.

Le groupe d'uniformes qui se tenait derrière l'empereur s'est rompu : le général von Nieber s'avance. C'est la remise officielle du monument à la ville de Saint-Quentin. M. Gibert se détache de nous et nu-tête, face au général, il attend que celui-ci ait fini sa harangue : le texte, traduit en français en a été remis la veille à la mairie ; il est ici prononcé en allemand.

Regard droit et clair, figure ouverte et loyale que barre rudement l'épaisse moustache grise, allure franchement martiale, l'Inspecteur de la 2e armée prononce son allocution d'une voix qui vibre et qui tranche. Le geste souligne la phrase : il commande plutôt qu'il ne prie.

Très ferme, très digne, le maire de Saint-Quentin répond : les paroles s'articulent nettement, tous les mots portent et l'empereur qui n'a pas bougé d'une ligne, à quelques pas, est attentif. Il a un mouvement d'approbation marqué quand M. Gibert achève dans l'envolée, un peu ressassée, les vers fameux de Hugo.

C'est tout : la cérémonie officielle est terminée. Point de suspension ! Détente subite et générale de tout l'appareil de figuration qui s 'anime en des conversations particulières.

Nous combinons une sortie : l'empereur vient à nous.

Il est seul, M. Gibert s'avance d'un pas et tout de suite la conversation s'engage, facile, très simple, exempte de toute contrainte.

Le Kaiser parle couramment le français, sans accent mais avec une intonation qui lui est particulière : l'expression de la voix est chaude, prenante ; l'élocution se joue des gallicismes et sans affectation elle prend aisément le ton familier. Quand à deux reprises – à propos de Delcassé et des Anglais – Sa Majesté se servira du terme « flanquer dehors » avec une légère prononciation méridionale qui scande les syllabes, l'impression sera complète : l'empereur connaît toutes les finesses de notre langue, il sait nuancer ses effets. Le geste est sobre, toutefois les traits s'animent : ils ont maintenant une mobilité d'expression que nous ne leur soupçonnions pas tout à l'heure.

Notre groupe n'a pas quitté la place qui lui avait été assignée pour la cérémonie : il forme comme un îlot isolé de plus de quinze pas de l'entourage impérial qui attend et qui s'étonne de cette longue entrevue privée, quasi confidentielle, en tout cas tout à fait insolite, de son souverain avec un maire. L'Empereur ne parît point pressé de clore l'entretien : pendant plus de dix minutes la conversation, dont à la vérité Sa Majesté fait tous les frais, va, roule, s'éteint, rebondit, tour à tour légère, presqu'enjouée, grave, mélancolique, profonde, pour finalement atteindre dans la parole de l'empereur le ton exacerbé d'une âpre politique.

M. Gibert, très froid, très calme, placidement donne la réplique : il a un sursaut imperceptible quand l'empereur parle des Anglais et de la province « qu'ils vont fonder à Calais ». Dans un sourire fin, dont la malice échappe assurément à son interlocuteur, sa répartie est prompte : « Vous leur prêtez, Sire, des intentions qu'ils n'ont pas. » Et le Kaiser à nouveau affirme, avec une énergie de parole et de geste qu'on sent totalement inhabituée à la contradiction.

L'entretien prend fin : Sa Majesté a dit ce qu'elle voulait qu'on sût. C'était d'ailleurs inutile ; voilà treize mois que nous enendons ce leitmotiv de la bouche de ses officiers et de ses soldats. Nous savons maintenant que c'est le mot d'ordre impérial.

En dix minutes, l'empereur a eu le temps de causer architecture, beaux-arts, économie rurale, histoire locale, politique intérieure, politique extérieure. Son électisme, dont l’expression prend volontiers le ton didactique et pontifiant, s 'en est allé de la pomme de terre à la question d'Orient en passant par la Réforme. Somme toute si l'on ouvrait le cœur de Guillaume II on y trouverait, comme chez Marie Tudor, douloureusement gravé, le nom de Calais.

Sur un signe un officier s'approche et vient déposer sur la première marche du monument, à portée du souverain, deux couronnes faites de feuilles de laurier naturel et que barre largement un ruban aux couleurs allemandes portant le chiffre du Kaiser.

L'empereur prend congé : avec une aisance courtoise, presque cordiale, il salue militairement à deux reprises, à droite, puis à gauche, notre groupe qui civilement s'incline. Dernier shake-hand au maire de Saint-Quentin : rapidement Sa Majesté se retourne, s'empare des deux couronnes, franchit allègrement les degrés et sous le péristyle de l'édifice, au bas des pierres gravées qui perpétuent le nom des morts, d'abord du côté français – est-ce par un sentiment de délicatesse voulue ? Ensuite du côté allemand, elle dépose les lauriers.

En face de nous, de l'autre côté du monument, un groupe d'infirmiers et d'infirmières attend : de son pas large, l'Empereur le joint, des présentations ont lieu, des récompenses sont remises.

Pendant ce temps le général von Below, chef de la 2e armée, vient à son tour déposer une couronne au pied de l'édifice funèbre : avant de se retirer il se fige, à note adresse, en un majestueux salut : nous sommes devenus tabous.

C'est fini, tout le monde se retire, élargissant le passage pour l'empereur qui s'attarde néanmoins dans l'allée centrale pour remettre au commandant de place, comte von Bernstorf, une boîte qu'un officier présente. De loin nous croyons¨que ce sont des macarons de Nancy : non, c'est le portrait du souverain avec dédicace. Même présent à l'auteur du monument , Vanderschneider, un petit homme, attifé d'un habit noir et d'une cravate rouge, qui se tenait en face de nous durant la cérémonie et que nous avions pris pour un majordome. On se confond en remerciements et l'Empereur passe.

Au dehors les automobiles sont avancées : le Kaiser gagne l'issue du cimetière tout en s'entretenant avec les haut-gradés qui l'entourent. Des commandements retentissent, les troupes présentznt les armes : la conversation de l'empereur se prolonge. A demi-campé sur le marche-pied de sa voiture le chef nominal de l'armée allemande semble donner un dernier ordre, une ultime recommandation. Enfin il monte et, sous des couvertures, s'installe à droite sur la banquette du landaulet où flotte à l'avant le fanion noir et blanc, bordé de rouge, de commandant d'armée. Son fil, le prince Eitel-Friedrich, s’assoit à son côté tandis que le duc de Brunswick, son gendre, prend place sur le strapontin du devant.

Dans un vrombissement de moteurs la file de voitures s'ébranle : et le cortège de l'empereur allemand s’évanouit sur la route grise, au loin, vers la ville qu'il ne fera que traverser et dont là-bas la masse se fond dans la grisaille endeuillée du temps, des âmes et des choses….

Pierre DONY

Le dimanche, l'accès du cimetière est permis. D'assez nombreux Saint-Quentinois s'y rendent l'après-midi. Il y a jusqu'ici 616 Allemands, dont 25 officiers et sous-officiers inhumés là et 126 Français. C'est le système de la fosse commune : un sillon profond de 2 mètres 10 attend les cercueils qui sont rangés à se toucher. On comble en étayant et à d'autres ! ….. Au-dessus du sol, des croix portent des noms. Beaucoup de plantations. Somme toute, c'est très décent.

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