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Sous la Botte (51)

NOTULES.

Yom-Kippour. - Le 10 septembre, les rues sont envahies par des soldats au type sémitique. Les Israélites de l'armée 2 ont été gratifiés de trois jours de permission pour venir célébrer le Yom-Kippour à Saint-Quentin. C'est la deuxième fête juive qui tombe le 10 « Tirsi », soit dix jours après le nouvel an. La journée doit être consacrée au jeûne, à l'inaction, à la pénitence. Peut-être en est-il ainsi, mais la veille et le lendemain, les soldats israélites banquettent et se divertissent ; cependant ils se réunissent pour prier à l'école Clin et à l'Olympia.

Le coup du poulet. - Au cours d'une enquête motivée par une escroquerie banale, le commissaire de police, ayant à interroger une diseuse de bonne aventure, tombe dans un salon d'attente encombré : une quinzaine de personnes, jeunes pour la plupart, attendent leur tour. Il entre dans l'antre de la sibylle et prie la dame d'achever ses prophéties. Un tendron, dont l'ami ne donnait plus de ses nouvelles, avait apporté un poulet. D'un coup de couteau, la pythonisse ouvre le corps de la bête, et la cliente, une paire de ciseaux aux doigts, est invitée à couper en deux le cœur palpitant. Ce cœur, je vais l'interroger. Laissez-le là, près du poulet, et revenez, je vous dirai ce qu'il révèle. Au prix où est la volaille, cette consultation avec les honoraires, qui ne peuvent être inférieurs à quarante sous, était assez chère. L'amour ne calcule pas : « Il donne toutpour posséder tout . »

Le coup du lapin. - C'est à mettre en pendant. À Grugies, l'autre dimanche, deux soldats s'étaient enivrés avec de l'eau-de-vie. Ils décidèrent d'aller chasser le lapin sur le talus boisé du chemin de fer. Un lapin partit. L'un de nos deux chasseurs improvisés tira, le manqua et la balle – ils chassaient à balle ! - alla traverser la main du camarade. C'était la grosse punition pour tous les deux. Ils parèrent le coup en criant qu'un habitant avait tiré sur eux et firent un raffût énorme. La garnison de Grugies en prit les armes et, sur l'ordre du commandant du lieu, on arrêta à tort et à travers. M. Fouquet, comme principal notable, fut cueilli à part et un peu plus tard. Il avait eu le temps de se renseigner et il donna l'explication qu'on vient de lire et qui était la bonne. Il lui fut répondu sévèrement qu'il ajoutait à son crime une insulte à l'armée allemande car un soldat allemand ne pouvait pas mentir, et il fut amené à Saint-Quentin au milieu de baïonnettes. Comme il y était fort connu, cette entrée solennelle mit tout le monde en émoi. - Il sera au moins fusillé, disaient les braves femmes du faubourg. Après deux jours d'attente vaine, M. Fouquet fut ramené à Grugies, toujours dans le même apparat, et il fut enfermé avec six compagnons soupçonnés d'avoir tiré le fameux coup de fusil, dans une maison proche de la sienne, où on les oublia. Ils en sortirent enfin comme ils y étaient entrés, sans motif. Et le lapin court encore !


 


 


 

 

 


 


 


 


 


 


 

 


 


 

 

 

 


 


 

 

 


 


 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

 

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