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Sous la Botte (46)

QUESTIONS DE FUSILS.

Le vénérable M. Jules Moureau a une fâcheuse histoire. On perquisitionne chez lui pour trouver du champagne et on découvre un vieux fusil oublié dans un coin. Il s'en tire bien, ayant pu prouver que, ses armes de chasse, il les avait déposées au théâtre pour obéir à l'arrêté du maire. M. Vogt, conseiller de justice, Alsacien à sentiments français, fait valoir au conseil de guerre que M. Moureau est accablé non seulement par l'âge mais aussi par la perte de son gendre, le général Malagutti, et de son petit-fils, soldat au 87e. Il est renvoyé purement et simplement.

Je rencontre le même jour (17 juillet) M. Paul Ternynck, fabricant de sucre et ancien conseiller général du canton de Chauny. Son fils, soldat au 45e, a été tué. Il vient en apporter la triste nouvelle à la grand-mère de l'enfant, Madame Gourdin et en même temps tâcher de satisfaire l'autorité allemande, car on a déterré dans la propriété de son frère Émile, un fusil appartenant au contre-maître, d'où une amende de 20 000 francs succédant à une de 100 000 dont il a été frappé lui-même à la suite d'une découverte d'armes de chasse dans son usine. Il avait demandé un laissez-passer pour Madame Paul Ternynck afin qu'elle annonçât elle-même à Madame Gourdin la mort de son petit-fils. - Ce sont des raisons de sentiment qui ne nous touchent pas, répondit la kommandantur de Chauny. - Soit, répondit M. Terninck, mais l'argent que vous me réclamez, je ne puis le trouver en ce moment que dans la famille de ma femme et seule elle a qualité pour le demander : - Oh! Alors, c'est différent, voici le laissez-passer.

                                                           

NOTULES.

Un incendie. - Le 7 juillet au soir éclate un grand incendie dans l'ancienne poste aux chevaux de la rue de Paris, où les Allemands ont installé une immense porcherie. C'est dans cette maison que, le 25 mai 1846, Charles Thélin descendit de voiture avec un ouvrier maçon qui alla attendre le relais sur la route de Cambrai. L'ouvrier maçon «était Louis-Napoléon Bonaparte échapp é le matin même du fort de Ham…

Les pompiers circonscrivent l'incendie. Deux porcs seulement sont grillés.

Visite d'aéros. - C'est toujours à la gare que nos aviateurs en veulent. Le matin du 16 juillet, quatre avions, de très haut, cherchent à la repérer ; l'un d'eux y réussit et lâche deux bombes dont l'une fait plusieurs victimes : un mort et quatre blessés – allemands ; l'autre renverse une vielle cahute. L'effroi des Allemands est toujours le même et les gens du quartier s'en gaudissent. Un taube esquisse une poursuite dont il revient assez vite, endommagé, semble-t-il.

Un météore. - Le soir du 19 juillet, le ciel est à la guerre. À sept heures une vingtaine de flocons blancs piquent l'azur, donnant l'illusion complète des petits nuages produits par l'éclatement des schrapnels. Tout le monde a le nez en l'air et : - Entendez-vous ? Le fait est qu'un canon lointain vient, juste à point, ajouter ce qui manque à la vraisemblance. Un Allemand d'ailleurs y est pris et part, en avion, du champ de manœuvre, à la découverte… Mais les jolis flocons d'ouate accourent, s'agglomèrent et, le lendemain matin, ce sont de grandes bandes de cirrus orientées du nord au sud avec tant de régularité que le météore prend l'aspect d'un phénomène impressionnant.

Pitié pour les petits poissons ! - À mettre en pendant avec l'arrêté de la kommandantur interdisant aux ménagères de revenir du marché en tenant un lapin par les oreilles et un poulet par les pattes.

Le canal a été soigneusement passé au tramail par les Allemands, pour y trouver le fameux « fil » ; les poissons ont été de bonne prise, mais enfin quelques vairons ont filtré et des pêcheurs endurcis réussissent encore à lever une friture là où il est permis de tremper du fil dans l'eau. Le 20 juillet, « ça mordait » ferme. Passe un sous-officier interprète de gendarmerie. Il considère avec indignation les rondeaux où les pêcheurs glissent leur capture pour la maintenir fraîche et vive jusqu'au dernier moment : - C'est cruel, s'écrie-t-il, de faire souffrir les bêtes. - Au contraire, Monsieur, on les fait vivre. - Non, c'est cruel . D 'ailleurs la loi française défend de maltraiter les animaux, je la ferai respecter. Et il ordonne, tout le long de la berge, de tirer les rondeaux de l'eau et il fait tuer sous ses yeux les petites ablettes en les tapant un grand coup par terre. - Vous ferez toujours ainsi maintenant, dit-il.

Et toute l'Allemagne s'éloigne, satisfaite.

                                           

 


 


 


 


 


 


 

 


 


 

 

 

 


 


 

 

 


 


 

 

 


 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

 


 

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