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Sous la Botte (23)

DU CÔTÉ DE CHEZ LES ALTESSES.

En ce mois de janvier, quelques altesses vinrent faire leur tour de front et séjournèrent à Saint-QUENTIN ; l'empereur y apparut et l'on y célébra, le 27, le cinquante-cinquième anniversaire de sa naissance.

Le commandant de place avait prié Madame Brucker de se trouver dans la maison de sa mère, occupée par de seuls domestiques, le vendredi 8 janvier, à 2 heures, pour y recevoir le grand-duc de Bade, qui n'eût pas accepté – cela se vit tout de suite – d'entrer chez les gens en leur absence. Frédéric II descendit d'auto dans la rue Saint-Thomas, dit un mot amical à chacun des vingt-cinq Badois qui faisaient la haie, entra et salua profondément Madame Brucker en s'excusant du dérangement qu'il occasionnait. Il lui présenta son aie-de-camp et les officiers de sa suite et, sachant qu'elle était femme d'officier, lui demanda des nouvelles de son mari. - Je n'en ai jamais eu, Monseigneur. - C'est incompréhensible, il faudra voir cela.

Le lendemain, le prince partit pour la petite excursion obligatoire au front. Le surlendemain, avant de quitter la place, il témoigna le désir de saluer son hôtesse, la fit asseoir sur le canapé du salon, prit une chaise et causa. On parla voyages. Madame Brucker a beaucoup voyagé. Elle est femme du monde accomplie. Elle soutint la conversation. Le prince, de son côté, était réellement intéressant avec des manières aussi peu militaires et prussiennes que possible. Il ne pouvait s'imaginer – et il n'était pas le seul grand personnage dans cet état d'esprit – que les villes envahies fussent traitées à la fois en villes assiégées et en villes prises d'assaut et ne se rendait qu'un compte insuffisant des cruautés particulières de cette guerre. Il se porta garant que les lettres cachetées qu'il avait prié Madame Brucker de lui remettre parviendraient à destination. Et il prit congé.

- Hélas ! Madame Brucker était veuve et vécut dans l'espoir jusqu'à sa rentrée en France. Frédéric II l'avait fait savoir à la kommandantur. Celle-ci en avisa un ami de la famille à qui le courage manqua pour faire la commission.-

Le grand-duc avait usé de la maison avec la plus grande discrétion, ne tolérant même pas que son auto traversât le magnifique jardin qui la précédait, ce qui était peut-être un scrupule excessif . Après lui, elle fut occupée par un général considérable du nom de François, envoyé là du front russe pour s'y reposer. En quelques jours, l'habitation était lise à sac et le jardin labouré. Ce ne fut plus que demeure à croquants.

À chaque altesse : Bade, Hesse, Mecklembourg-Strlitz, il y avait réception aux étapes (Banque Sourmais.) Le baron de Fröhwein, viticulteur des bords du Rhin, était l'ordonnateur de ces festins et veillait à ce que les tables fussent ornées d'une profusion de fleurs. Ayant, comme je l'ai expliqué, le « contrôle » des caves saint-quentinoises, ce Ganymède botté ne servait que du nectar aux dieux des états-majors. - On est malade quand on en sort, disait un officier bien en cour, qui était, par situation, de tous les balthazars, le capitaine von Ernest. Et ainsi comprend-on que le directeur des étapes, le lieutenant général von Nieber, ait cherché une maison de campagne….en ville (à Remicourt) pour échapper à ces corvéeset se soigner pendant des attaques de goutte qui le taquinaient trop souvent à son gré.

                                                    

                

La fête anniversaire de l'empereur, le 27 janvier, ne brilla que par sa simplicité, comme l'on dit. Le matin, à la première heure du jour, une clique (tambours et fifres) et une ombre de fanfare, encadrées d'une demi-compagnie de fantassins commandée par le lieutenant Hauss écharpé d'argent et qui se dandine de façon drôlatique, passent dans toutes les rues où loge un grand chef. Halte ! Les musiciens jouent mécaniquement, les tambours évoquent le lapin-tapin de notre enfance. Puiss, à un autre ! Ce serait grotesque si le pas allègre et cadencé des soldats de ligne et leur impécable tenue sous les armes ne démontraient l'excellence de leur formation militaire. À 10 heures, cérémonie religieuse dans l'immense manège qui a poussé comme un champignon sur le terré du Jeu de Paume. Au dire d'un officier, ce fut ennuyeux et interminable. Des drapeaux partout et c 'est tout.

Voici le menu (en français) du dîner aux étapes :

                                                                                                                                                 27 janvier.

                                                                                      SAUMON SAUCE HOLLANDAISE

                                                                                          AVEC POMMES DE TERRE

                                                                                     CHEVREUIL PURÉE DE MARRONS

                                                                                                 PATÉ DE FOIE GRAS

                                                                                                     PLUM-PUDDING

                                                                                                        DESSERTS

                                                                                                         VINS FINS

                                                                                     ________________________________


 

 


 


 


 

 

 


 


 


 


 

 


 

 

 

 

 

 

                            

 

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