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Sous la Botte (90)

LE POTEAU.

Le ridicule ne mourra qu'avec le dernier Allemand.

Ainsi qu en avril 1915, la réponse allemande à l'aviateur anglais fut communiquée sans retard aux Français. L'affiche suivante est apposée, le 2 juillet après-midi, en même temps qu'une autre réclamant au plus vite – car le temps presse – 4 806 716 francs et 50 centimes de contributions :

AVIS

Dans la nuit du 23 au 24 juin, les fils téléphoniques au coin de la rue du Quatre-Septembre prolongée, n° 76, et de la rue Alfred-Clin ont été coupés malveillamment.

Le coupable n'a pas été arrêté.

Par conséquent, Son Excellence le général commandant de la 2e armée allemande a imposé à la ville de Saint-Quentin une contribution de 200 000 marks.

En outre, il a été décidé que le lieu du délit soit gardé par une sentinelle fournie par la population civile jusqu'à nouvel ordre.

En cas de récidive d'attentats de ce genre, la ville de Saint-Quentin devra s'attendre aux punitions les plus rigoureuses.

E.H.O., 2 juillet 1916.

                                                                                                                                                        L'inspecteur de l'étape,

                                                                                                                                               Signé : von NIEBER.

                                                                                                                                                         Lieutenant général.

Le Maire, qui avait reçu la réquisition d'otages le matin même, envoyait aux personnes visées la lettre suivante :

                                                                                                                            Saint-Quentin, le 2 juillet.

Monsieur et cher Concitoyen,

J'ai l'honneur de vous faire connaître que je viens de recevoir de la kommandantur une note dont voici la traduction :

« Les Français dénommés ci-dessous reçoivent par la présente l'ordre de se présenter ce soir à 8 heures, à la kommandantur :

Allard, rue de Bellevue, 5 ;

Vandenbroeck, place du Huit-octobre, 2 ;

Dumont, rue Michelet (Sainte-Anne), 19 ;

Dony, place de l'Hôtel-de-Ville, 32 ;

Flinois, place de l'Hôtel-de-Ville, 19 ;

Lambert, commissaire de police.

Ceux-ci doivent se munir de vivres, etc., de façon qu'ils puissent rester jusqu'au point du jour comme homme de garde à un poste. Des instructions précises seront données par le 1er lieutenant Bonsmann. Celui qui ne viendra pas sera très sévèrement puni. »

En vous transmettant ledit ordre, je vous demanderai de vouloir bien vous trouver ce soir, à 7 heures 3/4 allemandes (5 heures 3/4 françaises), à mon cabinet pour me permettre de vous accompagner à la kommandantur.

Veuillez, etc.

                                                                                                                                                              A. GIBERT.

On peut observer que l'attentat – si attentat il y a eu – était vieux de huit jours et s'était perpétré à une heure où, d'après les ordres allemands, la surveillance française ne peut plus s'exercer. L'esprit critique semble donc absent de cette mesure militaire. Cependant, la liste n'est pas incohérente, comme elle le paraît, et les adjudants de la kommandantur y ont assouvi leurs petites rancunes personnelles : le 1er lieutenant Bonsmann contre M. Allard et le commissaire Lambert, ses ennemis particuliers, et, dans une liste supplémentaire, le lieutenant Hauss contre un Saint-Quentinois qui est l'ami d'une jolie fille qu'il convoite.

Bref, à l'heure dite, Gibert mène à la kommandantur six de ses administrés, et là, gravement, on leur passe au bras gauche un brassard portant imprimé un mot allemand composé, dont la traduction est : « Garde-de-punition-française. » Le commissaire de police Lambert est même qualifié de « Chef-de-garde-de-punition-française. » Le lieutenant en premier Bonsmann fait les dernières recommandations : « Deux heures de garde à deux, sans fumer, ni s 'éloigner du poteau. » Le cortège s'organise aussitôt : en tête, trois gendarmes, puis, trois par trois, les otages, M. Lambert en serre-file, comme encadrement, six soldats armés. On se dirige en cet ordre vers le lointain poteau au milieu d'un ahurissement général, tant français qu'allemand. Des gens interrogent du regard : - On va nous fusiller, répond M. Allard de son air le plus réjoui. Et les bonnes femmes jettent les mains au ciel e, n s'écriant : - On aura tout vu ! Après avoir traversé le faubourg Saint-Jean, on enfile la rue du Quatre-Septembre que l'on prolonge et l'on arrive jusqu'à une maison isolée habitée avant l'occupation par M. Guillaumot, sergent-major du 87e. Le poteau est deux cents mètres plus loin, dominant la vallée Létot. On s'arrange de façon assez confortable : les victuailles ne manquent pas, ni le tabac, ni les jeux de cartes. Et la garde du poteau commence. On eut , pendant cette première nuit, à subir l'inspection de sept rondes, dont une d'officiers. Un capitaine fronça le sourcil devant un flacon de rhum. Quant aux rondes de soldats, elles furent, sans exception, amicales. « Ah ! La guerre ! Quel malheur ! Vous en France, nous en Allemagne, on serait si bien ! » Ce fut le refrain. La nuit est très belle. Le poteau, indifférent aux soins dont il est l'objet, s'érige à la cote 100, c'est-à-dire de cinq mètres au moins supérieure aux mouvements de terrain qui poussent leur puissante houle vers l'ouest. Quand l'obscurité est complète, le feu d'artifice meurtrier s'allume sur le front, à dix lieues. De sanglantes lueurs illuminent l'horizon que piquent des éclairs successifs au ras du sol, accompagnés du roulement continu des canons, avec de temps en temps, les ra et les fla plus rapprochés des grosses pièces. À chaque relève, les gardiens descendants poussent des Qui vive ! Retentissants qui mettent en émoi tous les chiens du quartier. Deux Allemands demi-gris étant venus allumer leur cigare contre le poste, M. Lambert, ouvrant la fenêtre, crie d'une voix terrible : « Nix fumer ! » «  Oh ! Bons Franzous, surtout pas dire ! Nous aimons bien Franzous. Malheur, la guerre, Monsieur, pas dire. -Je vous pardonne, dit M. Lambert, mais ne recommencez plus.

À trois heures, on a la distraction d'un avion. À 7 heures allemandes, lisez 5 heures au soleil éternel, les gardiens-punitionnaires-français et le chef-gardien-puntionnaire-français se regardent et se demandent : « Qu'est-ce que nous faisons ici ? » Ne trouvant pas de réponse, ils s'en vont coucher, ravis de leur nuit.

Mais la petite fête se renouvela un peu trop souvent au gré de certains puntionnaires dont les retours ne s'espaçaient pas suffisamment. Puis vinrent les brimades : défense de fumer, même au poste, défense de boire autre chose que de l'eau, « ne manger que des aliments solides. » Des perquisitions s'ensuivirent, etc.

Et ce qu'il y a de lamentable là-dedans et qui fait qu'on ne se comprendra jamais, c'est ceci : l'autorité militaire allemande avait imaginé et infligé cette punition le plus sérieusement du monde, et la façon indifférente ou blagueuse dont elle fut acceptée irrita ces pédants invétérés comme un problème dont la solution trop simple échappe. La comédie se termina le vendredi 4 août. La caisse municipale avait versé, sur l'amende, 30 000 francs en marks ; elle solda le reste en bons de ville. Il faut tout dire : le général von Nieber, avisé du payement complet de l'amende, s'étonna grandement que la punition, infligée, paraît-il, pour quinze jours, en eût duré trente-quatre.

L'opinion formelle des gens du faubourg est que la rupture du fil est la conséquence d'un coupde maladresse : un télégraphiste qui paraissait peu s'y connaître avait travaillé longuement au réseau et, selon toute vraisemblance, c'était lui l'auteur involontaire de « l'attentat. »

Voici la liste des Saint-Quentinois « de poteau » (quelques-uns furent remplacés ou exemptés au cours de la « punition » sans qu'on en sache bien le motif) :

MM. Lambert, commissaire de police ; Allard, conseiller municipal ; Pierre Dony, conseiller municipal ; Vandenbroeck, ; Flinois, président du tribunal de commerce ; Titrant ; Charlier ; Rossy ; Faucheux ; Franck Debeauvais ; Chevrolat ; Geneste ; Honoré ; Lemaire ; Favresse ; Auguste Basquin ; Potentier ; Croizé, directeur de l'école de dessin ; Carlier ; Laporte ; Mouy ; Ozenfant ; Lambert ; Lobert ; Dumont ; Lesage ; Léon Basquin ; Guiard-Latour, notaire ; Henri Basquin ; Chandelier ; Top-Vabdooren ; Charles François ; Feuillette ; Crapier ; Sauvage et Pinchon, du Bureau de bienfaisance.

L'ABBÉ BOUDET ;

« Vous n'avez pas d'idée, moncher, de cette canaille de prêtres, ce sont les plus grands coquins qui existent ; j'ai eu pour cette prêtailles des bontés infinies et elle n'a cessé d'être perfide ; sans cesse ils donnent des nouvelles à mes ennemis et me font un tort irréparable ; aussi, si j'en attrape un, prélat, chanoine, prêtre, le supplice qu'il subira effrayera tout le reste de cette race encapuchonnée. »

                                                                                Frédéric II.

                                                                   Mémoires de Henri de Catt.

Le grand Frédéric n'avait évidemment pas prévu l'abbé Boudet, mais cette « canaille de prêtre » donna bien du fil à retordre à ses pâles successeurs.

Bref, le samedi 9 juillet, l'abbé Boudet est arrêté. En se plaçant au point de vue allemand, il ne l'a pas volé, mais ce qu'il a de prodigieux, c'est que les Allemands ne s'en doutèrent pas. Il les « eut » pour me servir d'un mot de tranchée, « par l'esbrouffe, » pour me servir d'un terme d'argot.

Il a commencé tôt et bien. En effet, le vendredi 28 août 1914, vers 5 heures du soir, il remontait avec inquiétude la rue de Baudreuil, lorsqu'il croisa le premier détachement de l'armée allemande qui pénétrait dans la ville en chantant et en poussant des hourras. Son émotion ne l'empêcha pas d'apercevoir un soldat de l'armée anglaise qui se faufilait derrière de gros arbres au fur et à mesure que les Allemands avançaient. Il se dirigea vers cet Anglais, auquel il dit : « Suivez-moi et entrez dans la maison où vous me verrez entrer. » C'était la demeure de M. et Madame Lecomte, située 154, boulevard Gambetta. Amis personnels de l'abbé Boudet, ces deux braves cœurs, n'écoutant que leur patriotisme et ne songeant même pas au danger qu'ils couraient acceptèrent d’héberger le jeune Anglais chez eux jusqu 'au lendemain matin. Et le lendemain matin, sous un costume ecclésiastique, l'abbé Boudet l'emmena, puis le garda à son domicile personnel, 40, rue Emile Malézieux. C'était le premier. Il allait être bientôt suivi de beaucoup d'autres.

Lors de la création et de la distribution des cartes d'identité destinées à être exhibées, à toute réquisition des patrouilleurs, aussi bien à domicile que dans les rues, de grandes difficultés surgirent pour un grand nombre d'hommes et de jeunes gens qui n'étaient pas en règle avec les circulaires comminatoires de la kommandantur. L'abbé Boudet, qui, avant la guerre, dirigeait un patronage de jeunes gens très florissant, mit tout le monde d'accord ; il fit fabriquer par M. Harwich, imprimeur, des cachets et des cartes d'identité revêtus de tous les sceaux exigibles et qui furent toujours considérés comme des pièces officielles de premier ordre. Du reste, comme il réunissait chez lui les jeunes gens qu'il dispensait, grâce à ses bienheureuses cartes de réforme, d'aller travailler pour les Allemands, il trouva tout simple de se présenter chez le « général-curé », l'aumônier en chef et inspecteur de l'armée 2, Uppenkamp, et de lui demander une garantie pour son patronage. Très flatté qu'on eût recours à lui, le général-curé fit apposer sur la porte de l'abbé une pancarte le dispensant des perquisitions de patrouilles. Il avait un complice – il en eût même plusieurs – mais un complice principal, et ce ne fut un autre que M. Lambert, commissaire central. L'abbé allait le consulter dans les cas épineux et M. Lambert était toujours de bon conseil. Ajoutez qu'il mettait à la disposition de son ami les papiers et cachets du commissariat, ainsi que les pièces de la kommandantur qu'il pouvait se procurer. Aussi, les certificats, exemptions et le reste sortaient de là comme à miracle. Quelques jeunes gens porteurs de cartes fabriquées furent arrêté pour des causes diverses. L'abbé allait audacieusement les réclamer et tout s'arrangeait plus ou moins bien, mais le pot-aux-roses n'était jamais découvert.

Des soldats, vivant depuis la bataille de Guise dans le bois d'Origny-Sainte-Benoîte et ne pouvant plus continuer cette existence érémitique, d'autant que leurs ravitailleurs prenaient peur, firent connaître l'extrémité où ils étaient réduits. Découverts, c'était pour eux la mort. M. Pluche, de la rue de Guise, alla les chercher dans sa voiture qu'il avait pu conserver comme ravitailleur, et réussit à les faire entrer en ville et à les déposer discrètement dans la maison de la rue Émile Malézieux, qui allait devenir une véritable caserne. Au nombre de ces militaires se trouvaient deux Russes d'Oref, que vint souvent visiter M. Edouard Faucheux, le seul Saint-Quentinois connaissant leur langue. Un autre était originaire des environs de Montdidier, un d'Origny-Sainte-Benoîte, deux d'Elbeuf, puis l'inévitable Parisien. Au cours de leur séjour dans les bois d'Origny-Sainte-Benoîte, un soldat déserteur allemand vint se joindre à eux. Ils firent d'abord popotte commune ; mais l'intrus commençant à devenir insupportable et menaçant, son cas fut jugé pendable et, condamné en dernier ressort, les deux Russes l'exécutèrent et l'enfouirent.

J'ai raconté (voir janvier 1916 : l'histoire de Prosper) comment un matois paysan d'Ile-de-France, Prosper Laire, était tombé littéralement du ciel dans les bras de l'abbé Boudet. Il devint le factotum, l'intendant, l'homme de trop de confiance de la maison et exagéra encore la folle témérité du patron. Il faillit, au surplus, tout gâter. Et alors quelle fusillade en masse c'eût été au champ de manœuvres !

Le nombre des pensionnaires s'accroissait sans cesse et la maison et même les maisons voisines avaient été machinées comme un théâtre de féeries. Par exemple, lors des alertes – et il y en eut de nombreuses – les protégés de l'abbé Boudet passaient par une armoire sans fond qui communiquait avec un étage, dont le mur avait été percé à cet effet, de la maison de Madame Parjouet, sa voisine. Au rez-de-chaussée, ils pouvaient se sauver par une ouverture pratiquée dans la cheminée. La cave avait un escalier tournant qui découvrait une cachette. Tout était agencé pour abriter une soixantaine de personnes. Il n'y eut jamais de malades. La nourriture était très suffisante et la lessive se faisait toutes les semaines au dehors. Au ravitaillement, qui n'était pas une petite affaire, subvenaient des Saint-Quentinois généreux.

Les Allemands se doutaient bien de quelque chose, mais les allures insouciantes ou audacieuses de l'abbé Boudet les déroutaient. Du reste, ils n'eurent jamais admis qu'on pût leur en imposer à ce point.

Parmi d'innombrables aventures, il faut cependant citer celle de cet Irlandais qui ne savait pas tenir en place, fut arrêté cinq ou six fois et parvint toujours à s 'évader. Il fit trois séjours différents rue Émile Malézieux. Un jour, de deux coups de tête, il renversa deux patrouilleurs et se précipita du côté des Champs-Élysées, qui furent battus par une compagnie de fantassins, acharnés, mais en vain, à faire débucher ce gibier de choix. (C'était au printemps 1915.) Notre homme était tout simplement perché au haut d'un arbre où il passa toute la journée. Une autre fois, au cours d'une perquisition dans une maison où les Allemands le supposaient caché, il disparut sous le matelas d'un malade.

Au fond, cela finit assez bien. Cinq policiers allemands étaient venus perquisitionner le 30 juin 1916. Ils découvrirent un communiqué allemand sur « la bataille des Eparges , » traduit en français depuis plusieurs mois déjà ; une lettre contenant une demande decarte de lait signée « Georges », plus un paquet contenant des papiers compromettants laissés sur le bureau par Prosper Laire, qui était l'insouciance même. Lorsque les policiers lui demandèrent s'il ignorait qu'il fût défendu de posséder des communiqués de journaux, l'abbé Boudet répondit qu'il savait que c'était interdit, rien de plus ; au sujet de la lettre contenant une demande de carte et signée Georges, l'abbé déclara qu'il ignorait de quel Georges il s'agissait, que c'était une demande de carte de lait, dont le ravitaillement était assuré sous le contrôle allemand. L'on n'insista pas. Quant au paquet trouvé sur son bureau et contenant des documents compromettants, il prétexta que son domestique lui avait déclaré avoir trouvé ce paquet à terre, rue Le Sérurier, en se rendant au marché.

À partir de ce jour, l'abbé Boudet se sentit du plomb dans l'aile, et en effet, le 7 juillet, au matin, il fut arrêté à son confessionnal et, refusant de tirer son surplis et son étole, il fut conduit entre deux sentinelles, ainsi qu'il l'exigea formellement, et cela ennuya bien les Allemands ! Au commissariat de la rue d'Alsace. Il subit un interrogatoire assez serré qu'il éluda comme il put et fut envoyé à la prison. Il en fit avertir « le général-curé, » qui ne daigna pas se déranger. Les interrogatoires se succédèrent. - Fusillez-moi si vous voulez, dit-il à la fin au capitaine chargé de l'instruction, mais regardez-moi bien en face pour constater que j'ai la physionomie d'un honnête homme, que je suis Français, prêtre et noble. Ce dernier mot impressionna l'officier. - Vous êtes noble ? Demanda-t-il. - Oui, Monsieur, je m'appelle Boudet de Lacourtie. (Lacourtie est le nom de son village). - Pourquoi n'avez-vous pas fait indiquer ce titre sur vos papiers d'identité ? - Depuis que j'ai distribué ma fortune aux nécessiteux, répondit l'abbé Boudet, je ne revendique plus ce titre. L'Allemand, estomaqué, se retira et l'abbé Boudet resta sans nouvelles jusqu'au 24 juillet, date à laquelle il fut invité à passer en conseil de guerre. L'interrogatoire et les réponses furent les mêmes que rue d'Alsace. Le président lui déclara que le conseil concluait à un mois de prison pour avoir été détenteur d'un communiqué interdit ! La peine fut aggravée au quartier général, comme presque toujours, et portée à cinq mois. Le dimanche 30 juillet, l'abbé se rencontra à l'usine David et Maigret avec une trentaine de compagnons, hommes et femmes, condamnés à des peines diverses, et une centaine de soldats français prisonniers. Ils furent conduits tous ensemble à la gare vers onze heures du soir et le train partit à deux heures du matin pour Aix-la-Chapelle.

À l'expiration de sa peine, l'abbé Boudet fut gardé en Allemagne comme indésirable à Saint-Quentin. Il avait été transféré de camp en camp et y faisait toujours son entrée en étole et surplis, ce qui occasionnait à chaque fois une émeute. «  Je veux montrer, disait-il, comment les Allemands traitent un prêtre français. » Il fut rapatrié à l'armistice. Son œuvre à Saint-Quentin, avait été plus discrètement continuée par un autre vicaire de la paroisse Saint-Jean, M. l'abbé Fouchard.

 

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