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Sous la Botte (118)

LA GROSSE QUESTION DU RAVITAILLEMENT.

Elle se pose suite de la rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et l'Allemagne. Aux queues du ravitaillement, on commente l'événement et l'opinion générale est la suivante : « Tant pis ! On se restreindra encore, mais il vaut mieux souffrir et qu'ils soient battus. » Voilà du patriotisme !

Je vois aussitôt Blondet. Il est rêveur plutôt qu'inquiet. Il vient de faire, avec le capitaine Neuerburg, la tournée des « régions » pour passer l'inspection des stocks. Neuerburg raisonne avec calme : - Il est évident, dit-il, qu'avant de lancer son message du 16 janvier, le président Wilson en prévoyait les répercussions et que ses précautions étaient prises : le contrôle des denrées sera remis à un autre neutre. - Je le crois aussi, continue Blondet. Ces denrées du ravitaillement dit hispano-américain ne venaient pas du tout d'Espagne et venaient peu des États-Unis. L'Argentine fournit les viandes salées et les graisses, l'Angleterre le riz et les haricots, et ainsi de suite. Le grand contrôle se fait à Rotterdam. Il est à craindre que les Allemands ne tâchent à nous rapprocher du régime de leurs propres soldats qui n'est pas très réparateur et que les Belges qui devaient aux États-Unis une situation privilégiée n'en souffrent plus que nous qui sommes déjà entraînés….. Nous n'y pouvons rien. - Et les délégués ? - Ils vont nécessairement regagner Bruxelles, leur port d'attache. Et nous passons en revue nos bons amis Yankees : Gaylor, un citoyen volontaire de la libre Amérique qui trouvait les Allemands « infects », passait son temps à se chamailler avec eux et les exaspérait au point qu'ils demandèrent son rappel. Sa grande ambition était de se faire automobiliste dans l'armée française pour pouvoir transporter les Boches, Neuerburg compris, à l'état de charogne. »

Puis Whytney avec son profit de médaille, explorateur, journaliste, très distant avec les Allemands et qui, en un mois, mis le ravitaillement au oint. Puis, Stephens, actif, dévoué, aimant et admirant la France. Puis, le délicieux Gilchrist Stockton, qui avait un faible pour Neuerburg. Il est vrai de dire que celui-ci faisait des frais pour lui. Enfin, le sportif Curtis qui, s'il est expulsé, ira tranquillement demander une commission d'officier dans l'armée anglaise et fera du sport au détriment des Allemands qu'il méprise.

- À votre avis, cher ami, à quoi va-t-on s'arrêter en ce qui nous concerne ? - Voici : par suite de la tension avec l'Amérique, de la guerre sous-marine, de la gelée et pour d'autres causes très évidentes, le Grand-Quartier impose la ration suivante : pain, 300 grammes au lieu de 400 ; lard, graisse, viande, 30 grammes au lieu de 50 ; légumes secs, 30 grammes au lieu de 75 ; sucre, café, sel, 10 grammes au lieu de 15 et 17 ; demi-ration de biscuit et des produits pour les enfants ; demi-ration de lait conservé et suppression des boîtes aux gens de 60 à 70 ans. Ces mesures sont prises pour une quinzaine, mais elles dureront, je crois. Je disais à Neuerburg : » Pensez-vous qu'à Saint-Quentin seulement, il y a 30 000 personnes qui vivent exclusivement du ravitaillement et 10 000 qui n(ont plus rien, sauf peut-être le pain, à partir du douzième jour ? - Mais les Allemands, me répondit-il, sont encore rationnés de plus près. - Ce n'est pas la même chose : les Allemands sont à la ration depuis six mois et ont des provisions, tandis que nous, voilà deux ans et demi….. » Bref, j'ai obtenu des choux-navets en échange des légumes frais de Ham qui nous sont coupés. C'est un peu plus que rien. En réalité, le commerce intensif pratiqué entre les Allemands et une certaine partie de la population nous a joué un mauvais tour. C'était surtout un commerce d'échange et l'on donnait du riz, de la graisse, du café en échange de la viande et du beurre qui étaient volés dans le service. Les Allemands qui n'admettent jamais qu'il y ait faute de leur part, se sont dit : « Les Français en ont trop, puisqu'ils nous en vendent. Nous allons les réduire. » La seule chose vraiment intéressante que Neuerburg m'ait dite est la suivante : «  Le conflit n'existe plus entre l'Allemagne et la France, ni avec l'Italie, ni même avec la Russie, qui ne compte plus ; la question d'Alsace-Lorraine elle-même est reléguée au second plan ; la lutte est circonscrite entre l'Angleterre et l'Allemagne. Alors, ayant une arme efficace (le sous-marin), Nous avons bien dû nous en servir, malgré certaines répugnances. » Et Neuerburg laisse entendre qu'il est de Ceux qui y répugnent.

LES ARBRES DES CHALPS-ÉLYSÉES.

C'est encore une atteinte, et sensible, à l'âme de la cité. Le 9 février, à midi, arrivent sur les Champs-Élysées soixante hommes du 3e régiment de la garde avec des cognées et des scies, et ils se mettent en devoir d'abattre les arbres devant le jardin d'Emmanuel Lemaire. Leur capitaine est allé demander du charbon à la kommandantur, qui lui a répondu : - il n'y en a pas pour les soldats. Il est revenu vers ses hommes et leur a dit : - Il y a du bois tout près, prenez. Le temps d'aller réquisitionner des outils et ce fut fait. Cela signifie que la discipline se relâche. Malgré tout, la kommandantur met bon ordre à la chose….. Quand c'est fini, une nuée de gamin s'abat sur le champ de la dévastation et enlève les menues branches : les soldats emportent dans de petites voitures et sur leur dos les troncs sciés et les branches maîtresses. L'indignation est grande. On y vient avec précaution, en pèlerinage. Un sous-officier, d'un air rogue, dit : - On va vous montrer ce que c'est que la guerre.

DÉGLAÇAGE SCOLAIRE.

Le 14 février arrive à la mairie une réquisition de vingt pioches, vingt pelles, vingt balais, vingt brouettes. - C'est pour quatre-vingt déglaceurs en instance de diplôme. Voyez donc à cela, me dit Gibert en riant : c'est la dernière des Allemands et non la moins bonne. Ma parole, ils deviennent fous.

M. l'abbé Rouchaussé, directeur de l'institution Saint-Jean, me donne le mot de l'énigme.

- L'instruction publique, me dit-il, dépendait directement des étapes et son fonctionnement était contrôlé par l'aumônier-chef , M. Uppenkamp. C'était parfois bizarre, ce n'était jamais commode, mais on s'y était fait. Le général von Nieber a disparu et M. Uppenkamp est, paraît-il, à Maubeuge. C'est devenu le gâchis. Le 1er janvier, nous reçûmes un billet convoquant à la caserne pour le lendemain nos élèves nés en 1900 et antérieurement, accompagnés de leurs professeurs et porteurs d'un certain nombre de papiers justificatifs. Les élèves du Lycée n'avaient pas ce qu'il fallait. On nous renvoya tous au lendemain : Lycée, Saint-Jean, École gratuite de dessin, École normale de M. Rumault et grands élèves des écoles communales. Après le pénible épluchage des papiers, un lieutenant, M. Fitzner, retint trois ou quatre jeunes gens qui, selon lui, n'étaient pas en règle : trois sur trois cents ! Lorsqu'était arrivé l'ordre de cesser les cours faute de charbon, nous avions, en ce qui nous concerne, le charbon largement nécessaire pour continuer. Je dus mettre notre petit peuple en vacances : Invitus invitos dimisi. Mardi enfin (13 février), un agent de police nous avertit que les écoliers de quinze ans et au-dessus devaient se trouver, à 11 heures allemandes, dans le foyer du théâtre. Huit gendarmes gardaient la porte. J'accompagnai nos enfants, on me fit sortir…

Un élève du lycée me raconte gaîment la suite :

-Ça n'en finissait pas. Nous tapions du pied comme au théâtre. D'ailleurs, nous y étions. Fitzner nous cria : - Nous ne sommes pas ici au café. Il ajouta : - On vous a appris la vie théorique, nous allons vous apprendre la vie pratique. Ah ! Monsieur, vous allez voir comment ! L'appel se fit en commençant par le lycée. Le patron (lisez : le proviseur), au lieu de s'adresser à M. Medrzecki, avait voulu traduire lui-même la convocation et s'était mis le doigt dans l'œil. Il y avait une classe en trop. - Ce sera pour l'an prochain, murmura Fitzner. Cependant, il en garda un, de cette classe, à cause de sa taille, qui semblait démentir son acte de naissance. On fut divisé par brigades de vingt à trente et rendez-vous nous fut donné pour le lendemain dans les postes de gendarmerie. Là, les uns furent affectés au triage des matelas, c'est à dire qu'ils séparent le crin de la laine ; les autres au déglaçage des rues. Au poste Baudreuil, deux de mes camarades ont été giflés par l'interprète parce qu'ils allumaient une cigarette. Ils répondirent par un grand éclat de rire, ce qui parut consterner le Prussien.

Et de ce fait, on voit par la ville des équipes de douze à quinze jeunes gens suivant un tombereau et déglaçant, balayant, pelletant avec des rires et des termes de partie de plaisir. La population leur fait fête et les attend au passage pour leur offrir des boissons chaudes. À chaque équipe sont affectés deux patrouilleurs qui ont ordre de vérifier s'il ne reste pas dans le ruisseau une aiguille de glace ; des gendarmes font des rondes incessantes et hurlent que « c'est mal fait » ; enfin, le comte von Bernstorff, capitaine et commandant de place, suivi d'un brillant état-major, est venu inspecter le travail et se rendre compte si le coup de balai était donné suivant les règles posées sans doute par le « balayagologue le plus célèbre de toute l'Allemagne. »

M. SÉBLINE.

J'apprends, avec un grand serrement de cœur, la mort de M. Sébline, sénateur de l'Aisne, décédé subitement, le 10 février, en gare d'Aulnoye. C'est un mot du délégué au ravitaillement qui en apporte secrètement la nouvelle à Blondet et celui-ci veut bien me la communiquer aussitôt.

M. Sébline m’honorait de son amitié. Je me plaisais infiniment en sa compagnie. Aimant la conversation, il savait écouter, mais il laissait peu à dire aux autres. Au point de vue politique, il était le préfet de l'opposition dans le département de l'Aisne et il se trouva amené à combattre, dans la seconde partie de sa vie, le régime qu'il avait contribué à instaurer dans la première. Au vrai, c'était un grand fonctionnaire attardé du règne de Louis-Philippe : ayant la conscience exacte et la connaissance complète de ses attributions et de sa circonscription administrative ; respectueux des situations acquises, indépendant vis-à-vis du gouvernement ; prenant parti avec une violence vite apaisée pour ou contre – non les hommes – mais les idées des hommes au pouvoir, et cela sans se compromettre, car on le savait incapable de menées souterraines ; aimant la société ; acceptant facilement d'avoir tort sur un point par cette conviction qu'il aurait bientôt raison sur beaucoup d'autres ; évitant de s'engager à fond (il était Normand), sauf une fois où cela lui coûta une préfecture, mais lui valut le Sénat ; très tolérant et comme il faut l'être, c'est-à-dire avec une préférence marquée pour ce qui est la tradition et la morale établie ; connaissant la finance et ignorant l'argent ; ayant rétabli brillamment les affaires industrielles et culturales de la famille où il était entré, mais sans avoir l'air de s'en être jamais occupé ; trouvant du temps pour tout et en ayant de reste pour ses amis ; obligeant sans aucun effort et non à la façon des donneurs d'eau bénite de cour ; honnête homme dans la grande et complète acception du mot. Il ne pouvait, de toute évidence, dépasser de beaucoup la République de M. Thiers. Dans celle de Jules Ferry, il commença d'être dépaysé. Celle de Combes lui fit honneur. Pendant près de trente ans, les préfets de l'Aisne eurent comme consigne d'administrer et de politiquer contre M. Sébline, et quelques-uns s'y employèrent avec des moyens fâcheux.

Au fond, emporté par sa passion administrative, il était le meilleur auxiliaire de ceux qui le combattaient et, menant le conseil général et les bureaux par le bout du nez, il ne les faisait aller que dans les voies étroites et y contraignit les préfets, si récalcitrants ou, ce qui est pis, si ignorants ou si incompétents qu'ils fussent. Il aimait la lutte ; son âme vigoureuse était bien la maîtresse de son pauvre corps tordu par la goutte et, quelque fût son état de santé, il ne reculait jamais devant une discussion, si vive, si emportée, si épuisante qu'elle dût être. Il atteignait alors à l'éloquence d'autant qu'il était servi par un organe superbe aux intonations légèrement normandes et une mimique presque théâtrale, tant ce visage spectral, creusé d'yeux étincelants, autour duquel voltigeaient des cheveux et des favoris d'argent, prenait des expressions adéquates aux arguments : impérieux, indigné, amer, grave, solennel et….. souriant, car il savait sourire à propos.

J'avais pour M. Sébline – politique à part et même politique comprise – une grande et très réelle affection, bien que nous ne fussions pas de la même paroisse. Il le sentait et son regard se posait sur moi, quand il m'adressait la parole, avec une douceur qui m'émouvait chaque fois. Il a vu la catastrophe que, si souvent, il nous avait prédite et vraiment avec le ton d'un prophète, dans nos entretiens de Montescourt, mais qu'il ne pouvait s'imaginer si affreuse…

L'ABBÉ FAUCHARD.

Ce jeune ecclésiastique a pris la succession assez lourde de l'abbé Boudet. (Voir juillet 1916 : l'abbé Boudet.) Il parvient à diminuer sa garnison franco-russe et se montre plus prudent. Cela ne lui évite pas le danger. En effet, un de ses pensionnaires de rencontre avait décidé de passer les lignes pour ses étrennes. Il avait pris, sur sa carte fausse, le nom du héros d'un roman de la Bonne Presse, Jacques Lelonlay. Il n'alla pas loin et fut ramassé à Grugies le 4 janvier. Pour essayer de se tirer d'affaire, il inventa des histoires de 'autre monde et s'embourba de plus en plus. Le policier qui le cuisina trois heures par jour, pendant quinze jours, lui répétait : « Tu n'es qu'un espion ! » Même pas ! L'imbécile prononça à tout hasard le nom de l'abbé Fauchard. Celui-ci fut arrêté sur l'heure. Il nia savoir qui était Jacques Lelonlay. L'autre, complètement perdu, se jeta à ses pieds et le supplia de dire qu'il le connaissait et qu'il n'était pas un espion. - Puisque vous me déliez de ma parole, dit l'abbé, oui, je vous reconnais et même je vous ai hébergé et vous n'êtes pas capable de faire de l’espionnage. Le policier approuva hautement le prêtre d'avoir tenu son serment. - Vous êtes libre, ajouta-t-il, mais il y a quelques formalités. Elles durèrent trois jours que M. Fauchard passa en cellule. Le 3 février, le conseiller de justice tira devant lui l'affaire au clair : le prétendu Jacques Lelonlay se nommait Jules L….. et était un évadé de Péronne. Il fut incontinent renvoyé sur les routes dans une équipe de travailleurs civils. Il avait dix-sept ans. - Vous êtes libre, par conséquent, Monsieur le curé, dit poliment le conseiller Vogt, mais il y a quelques formalités. Elles durèrent quatorze jours que l'abbé Fauchard passa à la prison. Il faillit y mourir de faim et, quand il sortit, il eut une faiblesse. Le médecin, mandé, avait ordonné deux pastilles de chlorates de potasse ! Mais l'abbé avait fait provision de renseignements. Les soldats punis, employés au service, se montraient bons enfants. - Plus souvent que je me ferai casser la gueule pour le roi de Prusse, confia l'un d'eux à l'abbé, je suis Alsacien. Il le laissa causer avec des soldats du 126e et du 108e pris à Barleux. - Voilà seulement que nous savons ce que c'est que la guerre, disaient ces braves garçons. Dans la tranchée, on ne le sait pas. On n'y manque de rien. Parfois, il pleut une marmite. C'est encore assez rare. Tandis qu'ici, ça n'est pas drôle. Ils étaient stupéfaits au récit des cruautés et vexations qu'on endurait en pays occupé. - Mais de l'autre côté, on ignore tout ça, s'écriaient-ils.

Au bout de quatorze jours, heure pour heure, l'abbé Fauchard vit la porte s'ouvrir. Le gardien-chef était une brute terrible, gueulant et cognant toute la journée. Il lança comme adieu : - On devrait perquisitionner chez vous tous les jours. - Tenez, voici ma clef, répondit l'abbé avec simplicité. Comme l'on voit, il avait été à bonne école.

LA CONVERSATION SUR CLEMENCEAU.

Je note aussitôt cette conversation que je viens d'avoir avec M. Pierre Dony sur le terre-plein de la Grand'Place, en face de sa maison de commerce. Pierre Dony – j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire – est l'esprit le plus en éveil et le plus avisé de l'assemblée communale. Il a ses idées originales, de la lecture et la politique l'intéresse sans qu'il en fasse aucunement.

Après l'échange des banalités courantes, comme prenant subitement son parti, il me dit : - Je vais vous étonner, peut-être même vous faire du chagrin, mais savez-vous qui nous sortira de là, - Je ne vois pas….. Millerand ?….. Poincaré ?….. C'est invraisemblable. Ils ont donné leur mesure….. - Non, je fais allusion à un homme que vous n'aimez pas, contre qui vous avez mené une furieuse campagne il y a sept ou huit ans, M. Clemenceau,quoi ! - Ah ! Oui, c'était à propos de l'affaire des officiers de Laon…

(Ici, pour l'intelligence du récit, il convient que je résume l'incident. Voici : M. Clémenceau, ministre de l'intérieur dans le cabinet Sarrien, menacé d'une interpellation sur les « menées cléricales dans l'armée, » avait besoin d'un argument de tribune. M. Milleteau, préfet de l'Aisne, le lui fournit. Ce fonctionnaire s'occupait peut-être d'administration, mais plus encore de ce qui se disait en chaire et il employait secrètement à le savoir des agents de la police municipale, ce qui lui attira une verte et spirituelle leçon de M. Ermant, sénateur, maire de Laon.

Le 8 novembre 1908 se tenait à Laon le congrès diocésain de l'Association de la Jeunesse catholique. La messe paroissiale fut célébrée ce jour là à la cathédrale, à 11 heures, par l'évêque, Monseigneur Péchenard. Cinq officier de la garnison y assistaient, comme ils faisaient d'habitude : le colonel Rouquerol, du 29e régiment d'artillerie ; le lieutenant-colonel Janet, le commandant Lambert, le capitaine Poli et un de ses camarades, du 45e d'infanterie. L'après-midi, au Pavillon des Œuvres, se tint unr séance du Congrès à laquelle deux officiers se rendirent. Il ne s'y dit rien que de très congru, malgré ce qu'affirma un rapport à la fois stupide et mensonger.

Sur la démarche d'un député de l'Aisne qui se prêta à cette comédie, Clemenceau fit prendre des sanctions contre les cinq officiers dénoncés : déplacements ou mises à la retraite. L'un d'eux, M. Janet, introduisit un recours au Conseil d’État et fut réintégré. Quant au colonel Rouquerol, Clemenceau, honteux d'avoir été grossièrement abusé, le fit , un peu plus tard, nommer général. Poli porta lui-même sa démission au ministre de la guerre Picquart, qui s'excusa platement auprès de son « cher camarade. » - C'est de la politique, je n'y entend rien. Revenez avec nous. Dans quelques temps, je vous renverrai à Laon, etc. Poli maintint sa demande de mise à la retraite. Il reprit du service à la déclaration de guerre, ne rencontra ni le préfet Milleteau, ni aucun député de l'Aisne dans la tranchée, mais il y croisa Clemenceau et il s'offrit le plaisir légitime de lui rappeler l'histoire des officiers de Laon. Le Père la Victoire rit du bout des lèvres et passa.)

Je reprends la conversation avec Dony. - En la circonstance, dis-je et sans m'illusionner sur la portée d'une campagne menée par un journaliste de province, j'ai pris, peut-être un peu vivement, la défense de l'honneur outragé et de la liberté violée. Ceci posé, ses plus grands adversaires reconnaissent à M. Clemenceau trois qualités uniques dans le milieu misérable où il vibrionne : primo : il parle toujours pour dire quelque chose ; secundo : il n'a ni clientèle d'arrière, ni coterie autour de lui, tertio : il a hérité des « grands ancêtres » du Comité de Salut public qui, à part Carnot et les Prieurs, étaient des scélérats, leur seule vertu, la haine de l'étranger foulant le sol du pays. Don, cher M. Dony, vous ne m'étonnez pas trop, vous ne me peinez nullement et je voudrais bien que vous fussiez prophète. - Oui, mais, soupira Dony, il y a son âge….. Déjà, à l'époque de l'histoire des officiers de Laon et à propos de cette histoire, M. de Pressensé le traitait de « vieillard en colère. » Qu'est-ce maintenant ? Enfin, je crois en Clemenceau….. C'est la dernière cartouche.

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 

 


 


 


 


 

 

 


 

 

 


 


 


 


 


 


 

 

 


 


 


 


 

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