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Sous la Botte (108)

SUITE DE LA RÉQUISITION DES CUIVRES. (Voir octobre 1916 : La réquisition des cuivres.)

La réquisition des cuivres se poursuit avec fureur et s'accompagne d'un enlèvement de tout ce qui semble bon à prendre et d'un gaspillage de menus objets auquel il est impossible de s'opposer. L'équipe impitoyable est menée par « le bel Ernest », interprète du poste de gendarmerie n° 2. C'est le type accompli de l'apache. Il a vécu aux colonies et attrapé une balle qui devait l'envoyer dans l'au-delà. Guéri contre toute attente, il s'est décerné le surnom de Trompe-la-Mort. Son nom est Killing ; il dit être courtier en bijouterie, ce qui est possible car il paraît se connaître en bibelots, mais immédiatement avant la guerre il se trouvait à Paris, en qualité de portier, dans un hôtel de l'avenue d'Iéna.

Assez souvent, trois équipes se suivent dans la même maison : la première prend, la deuxième gratte et la troisième râcle. Les gens en butte à ce traitement en demeurent stupides.

Chez M. Soret, l'argentier municipal, il y eut conflit. M. Soret avait réclamé la résence de l'expert qui, en effet, excepta une splendide pendule, mais comme les candélabres n'étaient pas mentionnés sur le papier, Ernest les fit jeter au tombereau. De plus, on prit à M. Soret douze bouteilles de vin que, vu son âge, le baron de Fröhwein l'autorisait à conserver et comme les soldats en débouchaient une dans un coin et se régalaient, le bel Ernest les traita de cochons , leur enleva la bouteille et… la vida. M. Soret prit à témoin les employés du Central téléphonique installés chez lui : - Voyez, Messieurs, votre empereur, en entrant en France, a donné sa parole que la propriété privée serait sauvegardée : ou il a menti, ou il se trouve des Allemands qui le font mentir. Les téléphonistes ne cachaient pas leur indignation, mais ils n'y pouvaient rien et le bel Ernest criait : - Vous, vous serez puni.

Dans les usines, c'est le désastre définitif ; je prends toujours comme exemple l'important tissage David, Maigret et Donon. Trois équipes y opèrent depuis des semaines ; les moindres parcelles de cuivre sont enlevées. M. Honoré, le directeur technique, avait demandé qu'on laissât la cinquantaine de kilogrammes que représentent les coussinets de la machine motrice à vapeur, toute neuve et à laquelle, pour l'entretenir, on faisait faire un tour à la main tous les jours. - On verra, répondit le premier soldat, chef des équipes qui alla prendre langue à l'intendance : le lendemain, on enlevait tout.

Madame François Hugues, la veuve de l'ancien député, a eu un geste énergique. La visite se fit chez elle sans ménagements, tout fut fouillé, sali, bousculé. Il y avait abondance de bronze, on lui prit tout, jusqu'à son ruolz. Dans un tiroir, les fouilleurs trouvèrent un écu de conq francs et un billet de la Banque de France de 20 francs, ils les échangèrent contre des bons de la Ville. Enfin, ils avaient réuni les médailles commémoratives en bronze du Parlement, celles que l'on frappe lors de la nomination du président de la République, etc. Madame François Hugues n'y tint plus. Elle alla chercher la médaille des ambulances donnée par von Nieber le 19 octobre 1915, et la jetant sur les autres, elle s'écria : - Vous oubliez celle-ci, je ne vois pas pourquoi votre empereur serait autrement traité que le président de la République Française. Les fouilleurs, interdits, laissèrent là le paquet.

J'assistai à plusieurs de ces cérémonies dont le rite était à peu près le même. En voici une qui me parut typique et dont je pus noter tous les incidents.

Une de nos jeunes amies, Madame G. V… m'avait demander de passer chez elle pour un renseignement quelconque. Ceci fait, nous primes une tasse de thé en parlant des chers parents absents et de leurs plus récentes nouvelles – qui remontaient à plusieurs mois – elle, de son mari, moi, de mes enfants . Nous en étions là, ainsi causant dans un salonnet doux à l'œil, discrètement éclairé et sur le plateau du thé s'érigeait une bouteille de rhum portant son âge au coin : - 1854, m'écriai-je : natum mecum consule Manlio. C'est à ne pas y croire ! - Elle est unique, dit Madame V… et j'espère bien que celle-ci du moins les Allemands ne la boiront pas. À ce moment précis, Marie, la femme de chambre, entra effarée dans le salon : - Madame, ce sont eux ! Eux, c'était un Allemand tout seul, maigre, agile, de poil roux, l'œil fuyant, brèche-dents et sale à plaisir. - Cuivres ! Dit-il simplement. - Ne me quittez pas, je vous en prie, supplia Madame G. V… ! L'homme ne me mit pas à la porte. Il me prit probablement pour le père de la jeune femme, mais ma présence l'agaçait visiblement. Il affectait de ne pas savoir le français, mais il le comprenait certainement et je fis signe à Madame G. V… qui avait entrepris le chapitre des réflexions aigres, d'être prudente. L'homme ôta posément son ceinturon et son calot qu'il accrocha à une patère et il alluma une lampe à acétylène, car ce jour d'hiver était tout brouillé. Il commença par détacher les baguettes d'escalier et par dévisser la pomme de la rampe, grosse boule en cuivre mince. Au premier étage : - Clef ! demanda-t-il, et il fallut ouvrir les armoires. Il enleva les croissants des cheminées et quelques paires de chandeliers anciens, comme il s 'en trouvait et de galbe si élégant dans presque tous nos intérieurs. Il portait par petits paquets son butin sur le palier de l'étage et revenait précipitamment avec des airs inquiets. Ses mouvements étaient fébriles ; il allait et venait presque en courant, se parlant à lui-même : c'était grotesque et effrayant. Madame G. V… défendit vaillamment son lit de cuivre. Elle finit par avoir gain de cause et l'homme exprima en souriant de sa bouche édentée et en faisant un geste de pantomime, qu'il cédait parce qu'il la trouvait jolie. Elle se serait bien passée du compliment ! Il tourna longtemps autour de l'escalier du grenier. Il y avait un dessous, bien dissimulé il est vrai, mais enfin il y avait un dessous et là devait être la cachette. Le fouilleur avait vu juste et il finit par la trouver en arrachant une bande de tapisserie nouvellement posée. Il poussa un long soupir de satisfaction ; puis lentement, il vida la cachette : elle contenait surtout du linge, et du très beau linge, ce qui est un luxe de chez nous, des souvenirs de famille, des portraits, de l'argenterie, des bibelots et quelques petits bronzes. L'homme ne saisit que ces derniers et repoussa le reste. Pourtant, il y avait au fond quelques bouteilles de très vieux kirsch. Il hésita longtemps puis, sans vergogne, il en demanda une par geste et l'ayant obtenue, il glissa un bronze dans le linge… comme remerciement ! Dans la cuisine, il prit ces ancestrales casseroles en cuivre qu'on se lègue et dont on ne sert plus depuis longtemps ; puis il descella la bassine à lessive, immeuble par destination de toute demeure saint-quentinoise. Dans la salle à manger, il décrocha le lustre et vérifia à la lime si les couverts étaient en argent ou en doublé. Il y avait les deux : il prit le ruolz et laissa l'argent. Dans le salon, il ne posa pas et se contenta des flambeaux du piano, de la monture des grandes lampes et de deux ou trois objets qu'on reçoit en cadeaux de noces, qu'on expose au fond d'une armoire. Tout cela qui, en place, était élégant et joli, formait, dans le vestibule et sur le palier, deux tas de chose hétéroclites, bizarrement enchevêtrées.

La scène durait depuis une heure. Sur un carnet aux coins recroquevillés et maculé par un trop long contact avec une poche graisseuse et trop étroite, l'homme dressa le bordereau de ce qu'il confiait à notre probité, car la voiture d'enlèvement ne devait passer que le lendemain, et jeta un dernier et fatal regard circulaire. Ce regard rencontra la bouteille de rhum et s'arrêta là… hélas ! Tout d'un coup, l'Allemand, ne pouvant plus y tenir, se décida. Il alla reprendre une des boîtes de couverts en ruolz ; il la tendit à Madame V… qui la refusa, s'en étonna, la posa sur le piano, empoigna la bouteille qu'il renifla en murmurant : Gut ! Oh gut !, la mit sous son bras : - Pas dire à l'officier, et disparut dans un sourire édenté après un léger signe de tête à mon adresse, convaincu qu'il s'était montré le plus gentilhomme des Allemands.

Madame G. V… reçut quelques jours après sa réquisition timbrée et régularisée : « 20 kilogrammes de cuivre et bronze , à 2 francs 75 le kilogramme » soit cinquante-cinq francs, qu'on la sommait d'aller toucher dans les vingt-quatre heures. L'administration militaire allemande était en règle vis-à-vis d'elle-même et vis-à-vis des autres : « Nous ne sommes pas des voleurs. »

DEUX SUICIDES.

Les suicides ont été de tout temps nombreux dans l'armée allemande et l'on sait, d'autre part, qu'il existe une sorte de « contagion du suicide » qui pousse les désespérés à suivre point par point l'exemple du camarade précédent. Cet état morbide de l'esprit a été ingénieusement fixé par l'anecdote légendaire – mais à base de vérité sans doute – de la guérite des Tuileries où les factionnaires se pendaient les uns après les autres, si bien que Napoléon 1er ordonna de la brûler et de la remplacer par une autre, ce qui arrêta net la série des pendus.

Le 21 novembre donc à midi et dei, la garde montante fait son apparition devant l'Hôtel de Ville et, après les simagrées rituelles , pénètre dans le poste. Un soldat alors appuie le canon de son fusil sur sa mâchoire et presse sur la gâchette. Il tombe sur le côté, calé par son sac. Les camarades se sauvent comme un seul homme….. L'émoi passé, ils requièrent un sanitaire qui passe, et celui-ci étende le pauvre diable sur une table devant la porte. Comme il arrive aux gens frappés à la tête, il ouvre et ferme convulsivement la bouche, semblant aspirer de l'air à la façon d'une carpe jetée sur le gazon. On l'enlève . Ce garçon, quoique âgé seulement de vingt ans, était de la landsturm.

Et le lendemain, à 2 heures et demie, un autre landsturm de la garde montante se fait également sauter le caisson avec son fusil, mais derrière le poste, pour n'être pas dérangé probablement, près des cabinets. On l'entendit dans les bureaux du haut et l'on perçut des gémissements. Sur appel téléphonique, une automobile arriva qui emporta le corps.

La série avait commencé, il y a quelque temps, par une pendaison, toujours au même endroit, et le pendu avait été décroché en grand mystère, mais tout finit par se savoir. En décembre, on connut cinq suicide de soldats allemands, dont quatre par immersion.

LES POCHARDS.

Aux visites des caves pour raisons tactiques, l'autorité allemande n'a pas tout perdu : on tombe sur des magots – les découvreurs touchent une prime - et sur des bouteilles. Encore trois mille flacons de vins fins aujourd'hui, 25 novembre ! Il y a joie dans Israël, mais il y a conflit aussi entre : 1° l'équipe de professionnels qui, venue tout exprès de Valenciennes, se réclame directement du ministre de la guerre ; 2° celle qui, avec le bel Ernest, occupe non moins directement pour les étapes; et 3° la kommandantur qui, représentée par l'équipe chevronnée dite de von Frohwein, veut sa part de tout gâteau. J'ignore quelle fut l'issue du procès.

Mais assurément ce nectar ne descend pas que dans le gosier en pente de l'état-major…

Oh ! Le plaisant spectacle ce midi ! Deux soldats saouls, mais saouls comme la bourrique à Robespierre, s'avancent fraternellement enlacés : l'un très grand, penché en saule pleureur sur son compagnon qui, petit, gras et luisant, lui enfonce sa tête dans l'estomac. Et ainsi, formant un groupe sympathique, ils montent la rue d'Isle et traversent la place, festonnant de la, bordure du trottoir aux glaces des devantures. Le grand sec est mélancolique, quoique écarlate ; le petit gros est hilare, fleuri et exubérant, souriant aux gamins qui leur font cortège, adressant aux belles filles qui rient à les voir des compliments où l'Allemand devient coulant et gracieux. Miracle du génie français enfermé en quelques bouteilles ! Les officiers font, contre toute vraisemblance, « celui qui ne voit pas. » Le scandale est énorme. Je suis, moi, cinquantième, et mon étonnement n'est pas mince de voir que ces œnophiles deviennent légion. Dans la propre rue de l'état-major, dont les automobiles de charge n'ont pas le droit de troubler l'austère silence, d'autres joyeux drilles habillés de gris zigzaguent à l'envi. C'est à croire que l'on rêve. L'un, assis sur une borne, éructe sans façon ; un autre embrasse un coin de rue, car le trottoir d'en face lui paraît plus difficile à prendre qu'une tranchée ; un troisième, casquette à l'envers et l'air mauvais – c'est le seul – envoie des coups mal assurés à un camarade « récent » qui, honteux pour l'honneur de l'armée allemande, a voulu le prendre par le bras et le rétablir dans la verticale…

C'est l'heure de la soupe aux légumes pour nos prisonniers et je ne pus savoir où ces deux fois « gris de campagne » allèrent échouer, mais, franchement, ils reposaient des autres.

NOTULES.

Les caves-abris. - C'est une des conséquences de la visite des caves. Des écriteaux en bois blanc, sont cloués sur chaque immeuble de la place, indiquant le nombre de gens qui peuvent chercher un abri dans la cave en cas de visite d'aéroplanes. En totalisant, on trouve que les caves de la place de l'Hôtel-de-Ville suffiraient, à l'estime de l'autorité militaire allemande, à donner asile à 1 965 personnes.

L'indignation de Madame Coupé. - Le troisième état-major, qui a occupé la sous-préfecture en moins de quinze jours, a laissé l'hôtel en l'état d'une écurie mal balayée. La concierge, Madame Coupé, justement indignée, s'adresse devant moi au colonel qui loge ses deux pacifiques coursiers dans les bâtiments de la coiur et vient leur rendre une longue visite tous les matins pour tuer le temps depuis six mois. - Monsieur, vous me parlez toujours de la propreté allemande, de la politesse allemande ; venez voir la cuisine et le salon de Monsieur le sous-préfet, c'est honteux ! - Je n'irai pas, répond le colonel, c'est la guerre ! Et puis , les Français en ont fait bien d'autres en Alsace ! Mais Madame Coupé ne se rend pas et le colonel s'enfuit, poursuivi par les « C'est honteux ! » de la fidèle gardienne.

Intermède musical. - Et l'on trouve moyen de faire de la musique ! Marc Delmas a préparé en grand secret, avec l'intelligente collaboration de Madame Henning, une audition de ses œuvres, notamment l'exécution intégrale du troisième acte de son opéra de Cyrca. Nous sommes entassés à quarante auditeurs et vingt ou trente chanteurs et chanteuses dans un salon et une salle à manger qui ne sont pas faits pour la foule. Mais quel recueillement et quelles approbations discrètes ! Cela se termine par l'Hymne aux Morts, de Victor Hugo : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie. » Il semble que la musique va de soi sur ces paroles solennelles. Les circonstances aidant à l'inspiration qui est, d'ailleurs, très belle, tout le monde a les larmes aux yeux. Edmond Poulain murmure à mon oreille : - C'est d'autant plus émouvant que cela s'adresse directement à quelques-uns qui sont là et ne se doutent de rien. J'ai dit comme on faisait la conspiration du silence autour de ceux à qui l'on n'osait apprendre une affreuse nouvelle sue, le plus souvent, par les cartes de prisonniers : « Un tel a été tué, ne le dites pas à sa femme. »

Les soldats de papier. - M. Gibert entre dans son cabinet, à la mairie, avec une forte envie de rire qui se lit sur sa loyale figure. Je l'interroge du regard. - Voilà, dit-il. C'est la dernière de Fitzner. Ce terrible adjudant du Comte vient, d'un coup de main, de faire prisonnier tout un peloton de soldats français. Il a droit à la croix « pour le mérite » et si ça ne dépendait que de moi… - Comment, ce tonneau à pattes et à monocle ? - Parfaitement ! Et rue Croix-Belle-Porte encore ! Vous savez qu'à la librairie Dupré, mesdemoiselles Fortwengler avaient exposé des maquettes sur papier représentant des soldats français dans différentes attitudes, entre autres celle du tireur à genou. Cela sans doute a fait peur à Fitzner, qui est entré avec un patrouillard en armes et a tout saisi. J'ai assisté du dehors à la scène et j'en ai eu pour mon argent. Je puis vous assurer qu'aucun des poilus de Mademoiselle Fortwrngler n'a mis la crosse en l'air. (Rire général.)

Je cours chez Madame Dupré qui me confirme l'incident. Elle est très émue. Il n'en faut pas tant pour avoir ce qu'on appelle « une salle histoire. » Je la rassure : il y a de la crainte dans l'air qui incite au calme. Non. Fitzner, qui se dit artiste, a voulu faire à peu de frais une galanterie au commandant. Voilà tout ! Car, c'est à qui s'ingénie, ayant un talent – ou croyant l'avoir – au bout des doigts, à s'en servir avec profit. Et c'est ainsi qu'il y a un débordement de pochettes brodées représentant des monuments de Saint-Quentin avec une naïveté désarmante ou portant des inscriptions en allemand, ds emblèmes ou des allégories. Cela va de 50 pfennigs pour la simple pochette à 5 marks pour le chemin de table. Puis ce sont les cartes postales à l'aquarelle ou à la gouache aussi mal coloriées que dessinées. Et encore de grandes vues en médaillon de la Basilique ou de l'Hôtel de Ville, pleine d'inexpérience, mais non exemptes de prétention. Et ses poupées habillées en turcos, poilus, artilleurs, etc. Les charmantes compositions de Mademoiselle Fortwengler ne se peuvent comparer à ces productions à soldats : ce sont des œuvres d'un art délicat et spirituel et que beaucoup de nos concitoyens, gens de goût, mettent en tiroir en attendant l'heureux moment de les exposer dans la vitrine du salon ;

L 'affaire se termine exactement comme je l'avais prévu. Madame Dupré est mandée à la « justice ». Là, Vogt lui dit d'un air embarrassé qu'elle peut se rassurer, que la saisie est définitive, qu'il n'y a pas lieu à information. Elle se risque à réclamer tout au moins un bon de réquisition de 285 francs. Mais Vogt la congédie avec de bonnes paroles.

Un bon point. - Mademoiselle Geneviève Dony mérite un bon point. Une jeune infirmière allemande, assez gentille, vient d'épouser un lieutenant de l'étape. Elle était de service à Chauny et a obtenu de venir à Saint-Quentin. Cliente assidue de la maison Dony, elle disait à Mademoiselle Dony : «  Je vous ai amené mes chiens pour vous faire voire comme ils sont beaux. » Et, de fait, un cocker et un épagneul superbes, achetés de quelque pillard, gambadaient autour d'elle. Sans se douter de l'inconvenance qu'elle commettait devant des Français, elle criait gaîment : « Ici, Coucy ! Ici, Chaôny ! » Mademoiselle Dony, impatientée, lui dit : - Il faut que je vous fasse voir mes chats. - Ah ! Comment ils s'appellent ? - C'est facile à retenir : Douaumont et Vaux. L'Allemande partit décontenancée.

Pierre Quentin-Bauchart. - M. Chauvac m'apprend la mort de Pierre Quentin-Bauchart, tué sur ka Smme d'une balle au front. J'en éprouve un vrai chagrin. Son grand-père, le bibliophile connu, m'honorait de son amitié et il était si fier de son petit-fils ! Il est de fait que Pierre Quentin-Bauchart, paré de tous les dons, continuait cette lignée d'hommes intelligents, de bonne compagnie et utiles à la société qui commençait à l'original Jean Berleux, de Villrs-le-Sec, pour arriver avec lui à sa perfection. Quelle resource pour un état que des hommes de cette trempe, de cette allure et de cette valeur morale et intellectuelle ! Mais, à cause de son nom teinté de bonapartiste, eût-on fait appel à lui ? Misère que la politique des factions !

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