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Le retour des Enfants à la Campagne

 

Hier, les petits saint-quentinois des écoles qu’on avait envoyés respirer l’air des campagnes sont rentrés en ville.

Ce matin, à l’école de la rue des Patriotes, on constatait les résultats obtenus grâce à cette cure de grand air. Ils sont plutôt encourageants.

Voici comment l’on procède.

Les directeurs et directrices des différentes écoles de la ville, publiques ou privées, dressent une liste de ceux de leurs élèves à qui une courte villégiature ferait grand bien.

Un médecin passe et établit trois catégories : ceux qui en ont tout à fait besoin, ceux qui en ont assez besoin et ceux qui en ont moins besoin.

Le trésorier donne son avis autorisé et l’on décide que « tant » d’enfants seront mis au vert. Cette année, il y en eut 170.

C’est surtout en Thiérache qu’on les envoie ; à Saint-Michel, Boué, Landouzy, Parfondeval et Buire près d’Hirson.

Mais chez qui ?

Evidemment, c’est assez délicat, dans des familles d’herbagers, de petits cultivateurs, d’ouvriers aisés qui ne demandent pas mieux que de les recevoir et héberger pendant un mois, moyennant une indemnité assez modique de vingt-cinq francs, fournis 20 francs par l’Œuvre et  5 francs par l’enfant. Ces familles doivent présenter des garanties de moralité et de tenue extérieure suffisantes. Elles prennent d’ailleurs des engagements très formels qui, jusqu’ici, il faut le reconnaître, ont toujours été observés fidèlement.

Chaque enfant part avec son baluchon garni d’un trousseau réglementaire et en voilà pour un mois de vie au grand air.

L’inspection est faite, soit par les instituteurs des pays ainsi colonisés, soit par des personnes de bonne volonté.

A la demande des parents les devoirs religieux doivent être remplis. Enfin, les enfants, si on peut les employer à quelques menus ouvrages ne doivent pas travailler au sens propre du mot, ils sont là pour respirer, jouer et profiter.

Puis, ils reviennent et on leur fait passer un examen … physique.

Ce matin, donc on les pesait et mesurait. L’opération est simple. M. Garin les faisait monter l’un après l‘autre sur la bascule et donnait à chacun et chacune une fiche que M. Dejarnac complétait en inscrivant la hauteur total du bambin ou de la bambine et son tour de poitrine.

De gentilles jeunes filles, pleines de bonne volonté, inscrivaient ces renseignements sur la « Notice individuelle » qui se trouvait ainsi complète.

Tous sans exception avaient gagné en taille et en poids.

Mon dieu ! La moyenne de cette humanité n’était pas brillante. Peu de jolis visages et une absence de muscle tout à fait fâcheuse. Et une mauvaise attitude  du corps, un équilibre absurde, le ventre sautant, les épaules rentrées, la tête basse. Il y a rudement à faire !

Mais enfin, ce qui fait déjà l’Œuvre des Enfants à la campagne est bon, mettre ces jeunes cerveaux et ces corps trop souvent débiles en contact avec la Nature mère, la bonne nature qui nourrit, apaise, amuse, bref qui fait l’office d’une excellente nounou et prodigue ses inconscientes tendresses aux plus déshérités.

Le Journal de Saint-Quentin

Septembre 1913

B.M. Fonds local.

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