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Restaurants économiques

La municipalité, sur l’initiative de la Sous-préfecture et du bureau de Bienfaisance va tenter une innovation : la création de restaurants populaires économiques.

Ce mot de « restaurant" est impropre s’il évoque l’image d’un endroit où l’on prend ses repas tel que le fourneau économique. Non dans ces futures restaurants on ne vendra  ni pain ni boisson et on ne consommera pas sur place. Ce sont plutôt des cuisines populaires.

Somme toute, ce système existe déjà dans les grandes épiceries de la banlieue de Paris où l’on vend des portions à emporter. Ce sera à Saint-Quentin, la Ville qui cuisinera pour vendre au prix de revient « une nourriture saine, abondante et substantielle qui remplacera avantageusement le petit salé et la cacouille nationale. »

Le conseil vote donc 4 000 francs pour installer une de ces cuisines au faubourg  Saint-Martin.

Cette petite innovation a donné lieu à un amusant incident. Entre M. le Maire (du club de la rue de la Comédie) et M. Charles (socialiste-républicain), président du syndicat de la charcuterie. Il s’est élevé en plus d’un différend sur la politique, une controverse permanente sur la qualité de la charcuterie.

M. le Maire avait ménagé le petit passage suivant dans son rapport : « les femmes obligées d’aller travailler à l’usine ne peuvent préparer en toute tranquillité la nourriture familiale et l’heure du repas voit réapparaître chaque jour les aliments froids : charcuterie et fromage, nourriture insuffisante et malsaine. »

C’était la pointe.

M. Charles protesta.

M. le Maire – Oh ! mon intention n’est pas d’attaquer les charcutiers !

M. Charles.- Vous avez la charcuterie en horreur. Vous n’êtes pas Juif, pourtant. La charcuterie de Saint-Quentin est renommée à 50 lieues à la ronde

M. le Maire- Je vous en donne acte volontiers

M. Charles – Et dans ces restaurants on emploiera de la charcuterie et du cochon.

Inutile de dire qu’on s’amuse.

M. Lhomme et M. Devillers représenteront auprès de ces fourneaux le Conseil municipal.

Le Journal de Saint-Quentin- 26 janvier 1912

B.M. Fonds local

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