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La prise de posséssion de l'Hôtel de la Société académique par les Allemands en 1914

                                        

                    Ouvrage sur la Basilique par le père franciscain Raymund Dreiling

 

En 1925, l’Hôtel de la Société Académique n’est toujours pas remis en état ; c’est pour cette raison que les membres de l’association se rassembleront chez Jules Hachet. C’est lors de cette réunion dite du centenaire que celui-ci fera le récit de la prise de possession de la bibliothèque de la Société Académique. Soulignons que les recherches faites par le père franciscain Raymund Dreiling aboutiront à l’édition d’un ouvrage sur la Basilique.

 Ce texte est tiré du bulletin du centenaire 1825-1925. Tome de mémoire première série n° 1 de décembre 1925.                                                                                                                                                                                                        Tous ces ouvrages sont disponibles à la Société Académique.

 

 

« La prise de possession de l' Hôtel de la Société par les Allemands en 1914 »

Au mois de décembre de la même année(1914), un des religieux allemands qui étaient affectés à leur ambulance du Palais de Fervaques, vint me demander la clef de la bibliothèque de la Société; je lui répondis que j'allais voir pour me la procurer.

Ce religieux parti, je me rendais tout de suite chez M. Emmanuel   Lemaire, notre président, pour le mettre aucourant de la visite que je venais de recevoir.

M. Emmanuel Lemaire ne voulait pas donner de clef. J'étais de son avis, car si les  Allemands pénétraient  dans notre bibliothèque, c'était les laisser prendre tous les ouvrages à leur convenance ; j’attendis donc une nouvelle visite: celle-ci se produisit le lendemain.

Je priai ce religieux, le franciscain Raymund Dreiling(1), de me dire quels étaient les volumes qu'il désirait consulter  il me donna une liste où je vis que je possédais tous les ouvrages. J'offris aussitôt de les prêter pour lui donner satisfaction immédiate, mais c’était surtout pour retarder l'envahissement de notre bibliothèque. Je dois reconnaÎtre que les volumes prêtés me furent rendus.

Aussitôt ma démarche, M. Lemaire convoquait quelques collègues au siège de la Société et faisait la répartition entre nous, des volumes les plus rares, pour les cacher le mieux possible en nos demeures; mais à l'évacuation, ces volumes eurent le sort com­mun; toute notre bibliothèque fut transportée en Allemagne; il y eut cependant certains livres qui restèrent à Saint-Quentin !

Le 20 décembre 1914, le concierge venait m'informer que les Allemands avaient forcé les por­tes de notre Hôtel et s'installaient dans les locaux.

Je me rendis aussitôt à la Société, et je vis la salle de réunion du premier étage, prise par une loge maçonnique d'officiers; un ouvrier perçait une porte dans le mur mitoyen, pour communiquer avec la maison voisine.

Je montais jusqu'à la bibliothèque du deuxième étage; la porte à deux vantaux était enfoncée. J'allais pénétrer à l'intérieur, lorsqu'un officier monté der­rière moi me défendit d'entrer. Devant une hostilité très vive, je dus me retirer, non sans avoir remarqué qu'une partie de nos livres était déjà déménagée.

Descendu au rez-de-chaussée, je vis par une porte entrebâillée, que la pièce servant aux Cours populaires était convertie en bureaux..

Peu de jours après, l'inscription relatant la pose de la première pierre de la chapelle de l'abbaye d'Isle en 1758, qui était scellée contre un mur de la courette et abritée par un auvent, fut descellée et enlevée par les Allemands.

On se rappelle que c'est en creusant les fonda­tions du bâtiment de la Société Académique sur un terrain dépendant de l'ancienne abbaye d'Isle, que les ouvriers de MM. Gillet Frères, entrepreneurs, mirent au jour, le 27 juin 1901, une pierre longue de 1 mètre 10 centimètres, sur une hauteur de 60 centi­mètres et épaisse de 15 centimètres, portant en lettres de 18 millimètres de hauteur, une inscription qui fit connaître la date (jusqu'ici ignorée) de la pose de la première pierre de la dernière chapelle de l'abbaye.

Lorsque le concierge fut évacué en mars 1917, il ne restait dans notre bibliothèque que : La revue des Deux Mondes, la revue de Paris, la petite revue hebdomadaire. Quant aux corps de bibliothèques, ils étaient en partie démontés et l'on faisait du feu avec les bois.

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