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Par la ville, au Skating-Rink

  

                                        Publicité en 1912 pour le Skating-Rink de Remicourt, situé 2 rue Jules Coupé à Saint-Quentin

 

Je suis retourné au Skating-Rink, avec un K, et j’y retournerai pour voir tourner des gens en rond au milieu d’un crissement de grillon formidable et entouré ! Parfaitement.

Cela a le charme de ce qui tourne et semble, par conséquent toujours nouveau.

Et puis c’est la joie des enfants et celle des parents qui suivent les moucherons à roulettes d’un œil attendri. C’est à voir.

Il y a là aussi la satisfaction d’un mauvais sentiment et ce n’est pas pour peu dans l’attrait des choses: il y a l’espérance des chutes.

J’ai remarqué que des dames tombaient bien, sur ce qu’elles ont de plus chair.

Ah ! N’imitez jamais une femme qui tombe!

Bref, les dames tombent tout d’une pièce en arrière et demeurent un instant étourdies.

Celles qui ont l’habitude des chutes ne bougent pas et attendent … pas longtemps … qu’un galant cavalier vienne les aider à reprendre la verticale; les autres les inexpérimentées s’épuisent d’abord en efforts impuissants pour refaire passer … leur centre de gravité dans le quadrilatère de la base, condition essentielle de l’équilibre. Mais cette base, constituée par les huit roulettes fuit sous elles et les pauvrettes s’abandonnent à un morne désespoir et remettent leur chapeau en équilibre en y repiquant furieusement des terribles épingles, sans plus s’occuper du reste. Alors le professeur arrive et son bras puissant remet la dame en état de refaire une chute nouvelle.

Il est étonnant ce professeur, M. Plummer, et non moins merveilleuse est son élève : Mlle Loeven. Gracile, jeunette, un peu raide dans son costume exactement ajusté, il est agréable de la voir voltiger comme un snow drop.

Tous les deux, sur la piste vide, semblent glisser plutôt que de rouler et même glisser sans toucher le sol dans l’espace au ras de la terre, au rythme impeccable et dont aucune évolution, si compliquée soit-elle, ne détruit l’harmonie. C’est de l’art.

Si vous voulez savoir le nom de ces figures que le professeur et Mlle Loeven exécutent, voici ; Two Steps, Tree Steps, Spread cagle, Change tree, Rothz, etc.

Le Saut du Diable et la Toupie, qui sont de l’acrobatie pure, terminent cet intermède qui parait toujours trop court et que l’on applaudit avec entrain.

Tous les mercredis, la soirée est réservée aux familles et un contrôle sévère est exigé à l’entrée.

Ce serait une bonne idée que d’organiser des matinées d’enfants de deux ou trois heures, le jeudi où la piste serait interdite aux pâles humains ayant plus de quinze ans. Ainsi les accidents ne seraient pas à craindre.

Et puis, pour apprendre à bien patiner à roulettes, c’est entre six et neuf ans qu’il faut commencer.

Lebadaud.

Journal de Saint-Quentin

Vendredi 5 janvier 1912

B.M. Fonds local

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