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Par la ville, histoire des maisons ......

L'histoire des maisons est presque aussi curieuse que celle des gens.

En passant par la rue des Canonniers, nous avons vu, avec quelques regrets que la majestueuse ordonnance de l’ancien hôtel Dubosq était bouleversée.

Hélas, il faut qu'il en soit ainsi: nos habitudes et nos besoins ne sont plus ceux de nos pères. Cet hôtel, dont nous ignorons les primitifs possesseurs, était le type de l'habitation cossue du XVIIIème siècle. Il avait dû être bâti pour les familles de deux frères tout y étant en double et symétrique. Son grand jardin s'étendait jusqu'à la rue Saint-Martin. (Rue Emile Zola aujourd'hui)

La disposition des pièces avait été reportée jusqu'ici, mais leur décoration a disparu. Il ne reste plus que deux rampes de fer forgé qui ne sont pas des chefs-d’œuvres, mais qui font cependant singulièrement honneur au goût des ferronniers saint-quentinois en 1711 car une inscription gravée dans la pierre au-dessus des fenêtres du premier étage donnant sur la cour rappelle cette date 1711, c'est l'année sombre du règne de Louis XIV. Nous voilà loin!

Quel qu’il en soit des destinées de cette demeure à ses débuts et jusqu'en 1779 (et nous voudrions bien en savoir quelque chose), M. Dubosq, ancien négociant en devient propriétaire le 17 pluviôse an VIII au moyen de l'acquisition qu'il en fit par acte devant M. Desains, notaire. Le contrat porte vente au citoyen Duboscq par le citoyen Gabriel Etienne René Dumoustier ancien négociant demeurant à Roupy, d'un hôtel désigné comme sis rue de la République portant les nos 1445 et 1446 avec un grand jardin derrière et attenant à Joly de Bammeville dans le fond, à la commanderie d'Eterpigny par devant. La rue de la République reprenant de nos jours le nom des Canonniers et jadis celui de la rue au Charbon.

D'après le contrat de vente sus-énoncé, l'immeuble vendu possédait un droit de passage pendant le jour à travers le jardin et la maison du citoyen de Wachy, locataire de la commanderie d'Eterpigny, pour aller du jardin Duboscq dans la rue Saint-Martin, appelée alors rue de Paris. Ce droit subsiste encore, mais au profil seul de la maison voisine échue aux héritiers de M. Joly de Bammeville ou aux représentants de ce dernier.

L'hôtel, dont il s'agit, avait été adjugé à Dumoustier et à Louise Henriette Le Sérurier, suivant sentences ci-devant le bailliage de Saint-Quentin (Tribunal civil maintenant du 15 avril 1779 et déclaration de commande du même mois).

On distingue dans le milieu de chacune des balustrades en fer qui clôturent les balcons donnant sur la cour centrale, les initiales enlacées des anciens propriétaires DS (Dumoustier Sérurier).

C'est là que Madame la Duchesse d'Angoulême descendit et coucha lors de sa visite à Saint-Quentin pendant la Restauration.

En 1822, l'hôtel était divisé en deux habitations: une partie fut achetée par M. Nicolas Delaby, négociant à Saint-Quentin; l'autre côté devint la propriété de M. Rosay, banquier et fut racheté à son tour par Mme veuve Delaby-Demarolle, puis par succession passa entre les mains de sa fille Mme Geneste- Delaby. Le 17 janvier 1871, pendant la bataille un obus lancé par l'artillerie allemande fit au mur une énorme brèche et éclatant dans le jardin, coupa littéralement en deux un superbe abricotier du jardin. Un éclat du même obus vint à tomber à quelques pas de l'habitation.

On se rappelle qu'en 1896, les tribunaux chassés de Fervaques émigrèrent à l'hôtel Geneste et qu'une salle d'audience fut construite dans le jardin.

Ce beau jardin est maintenant très divisé cependant M. Robert Dusanter en possède un gros morceau qui agrémente singulièrement sa maison de la rue de la Comédie.

Aujourd'hui, l'ensemble appartient à M. Peltier, géomètre qui l'approprie à une nouvelle destination.

 

Journal de Saint-Quentin

Avril 1912

Fonds local. BM de Saint-Quentin

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