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Par la ville. Le faubourg Saint-Martin

Le Conseil municipal ayant décidé de faire placer aux abords de Saint-Quentin des bancs sans dossiers- « Les dossiers sont interdits », a sagement dit M. Gibert- j’ai résolu d’aller m’assoir sur ceux de la route de Paris ; ( Route nationale n° 30 de Rouen à La Capelle)

Jusqu’à l’établissement du chemin de fer, c’était par là qu’était la véritable entrée de la ville, puisque c’était par là qu’on venait de Paris !

Inutile de dire que les lieux ont été très modifiés. Ainsi la « Porte de Paris » se trouvait à l’emplacement même de la fontaine place Henri IV. De là jusqu’au chemin de Oëstres qui porte actuellement le nom de la rue du pont (par conséquent la place Dufour-Denelle et ses entours, la rue de Paris, la distillerie de Rocourt, etc. etc.) ce n’étaient que fortifications, fossés, prairies, chemins qui se croisaient, fermes et habitations isolées et quelques guinguettes dont la plus célèbre était « la Chasse royale » d’où le nom de « la Chasse » donné encore de nos jours au haut de la rue de Paris.

Tenez ! Supposons que nous sommes en 1777 et que nous arrivons de Paris à Saint-Quentin. Voici comment, d’après «  le Conducteur français », l’entrée de la ville vous apparaîtra.

(Nous sommes censés partir d’un point de la grand ‘route qui se trouve à peu près à la hauteur d’Oëstres).

Descendant, on voit au bord et en deçà des prés, des arbres qui bordent le canal. Descendant une grande côte, on remarque une éminence à gauche et à droite.

Etant en bas, on laisse à droite le chemin qui conduit au hameau de Raucourt, dont on voit les maisons sur le bord du canal avec le moulin à eau à cent toises de la route, sur la rivière de Somme, de l’autre côté du canal, montant une côte douce, on laisse un chemin planté à gauche ; il va se réunir, un peu après à celui de Saint-Quentin à Amiens, Nesle, etc. La vue est bornée de ce côté-là.

Arrivé presqu’en haut, on laisse un moulin à vent à gauche et à droite un chemin bordé d’arbres qui va à Raucourt, qui est vis-à-vis. C’est ici que les Anglais étaient placés pendant le siège de Saint-Quentin en 1557. On remarque le hameau de l’Abbiette de l’autre côté de la prairie, les deux moulins, l’arbre et le Grand- Essigny au-dessus. La prairie est remplie de marécages, la rivière n’ayant presque point de pente depuis sa source jusqu’à son embouchure dans la mer. On y tire partout des tourbes plus ou moins bonnes.

Quittant ce chemin, on tourne à gauche en montant encore un peu ; étant en haut, on remarque ; la ville de Saint-Quentin en face ; en deçà, un peu sur la droite, la burie ou blanchisserie de M. Fromager, avec la chapelle t la ferme de Saint-Prix. C’est l’endroit où était l’ancienne abbaye de Saint-Prix, qui a été ruinée après le siège de Saint-Quentin , et transférée dans la ville.

On descend alors, on laisse une briqueterie ) à droite, et on entre dans le faubourg Saint-Martin ; le premier objet que l’on trouve à gauche, c’est la Chasse royale, auberge qui sert de guinguette aux ouvriers de Saint-Quentin.

Etant en bas, on laisse un chemin pavé et bordé de saules à droite, qui va à la burie de M. Fromager et à la ferme de Saint-Prix, que l’on voit avec la chapelle.

Quittant ce chemin, on laisse un bel abreuvoir à droite, et on tourne un peu à gauche ; on voit on arrive au carrefour du chemin de Péronne, d’Amiens, etc. et qui traverse le reste du faubourg Saint-Martin.

De ce carrefour, on prend à droite, en laissant à gauche un emplacement d’une maison qu’un homme de qualité a laissé tomber en ruine par mauvaise humeur de la perte d’un procès, il en a abandonné les matériaux aux habitants du pays, le reste des fondations y sont encore/

Après cet emplacement on passe sur un pont après lequel on tourne à gauche en examinant un moulin et un lavoir du même côté qui appartient aux mathurins de Paris. Le lavoir dépend du moulin. C’est l’endroit où les blanchisseurs de Saint-Quentin viennent laver le linge ; elles payent 4 sous par place pour la journée.

Après le chemin qui conduit au moulin et au lavoir, on remarque un calvaire assez bien décoré, entouré de noyers et d’autres arbres. Après ce calvaire, il y a un chemin pavé qui va au faubourg Saint-Jean  rejoindre la route de Cambrai ; les voitures le prennent lorsqu’elles ne veulent point passer dans la ville ; il y a un pont au commencement, sous lequel passe l’eau qui fait tourner le moulin et qui fournit le lavoir.

Après le chemin pavé, on tourne à droite en examinant les fortifications de droite à gauche. Après avoir passé une barrière et devant un corps de garde où sont des commis, on tourne à droite et ensuite à gauche, en passant sur un pont de 17 arches. Etant dessus, on voit parfaitement le burie de MM. Fromager et Cottin, avec la chapelle et la ferme de Saint-Prix au- dessus.

Quittant le pont, on lit au-dessus de la porte de Saint-Martin : «  Louis le Juste, par la grâce de Dieu, très victorieux ».

Après avoir passé sous la porte, on entre dans Saint-Quentin.

Vous voyez que ce n'est plus précisément la même chose.

Repartons du même point, c'est à dire de l'amorce sur la grand' route du chemin d'Oëstres.

C'es beaucoup moins pittoresque qu'en 1777, mais cela tout au moins devrait être propre à la promenade, et ça ne l'est pas. la route est bonne, bien entretenue et elle a de larges bas-côtés qui sont de véritables trottoirs, puisqu'ils sont défendus par une bordure de grès.

Le trottoir de gauche ( en allant toujours sur Saint-Quentin) est une allée verte faite de cette herbe drue qui sert à regazonner; quand au trottoir de droite, aussi fréquenté qu'une rue de la ville, il y a un sol d'escarbilles, sec et solide aux pieds.

Jadis,  mettons qu'il y ait quarante ans, cette grand' route était bordée de peupliers que l'administration des Ponts-et-Chaussées a laissé mourir sans songer à les remplacer, ce qui est véritablement un crime. Ceux qui ont résisté sont magnifiques.

La Nature a été symétrique en ses desseins; il en reste exactement vingt-sept à droite et vingt-sept à gauche- dont un mort- sur une longueur de neuf cent soixante-quinze mètres C'est à dire qu'il en faudrait cent vingt de chaque côté.

On arrive enfin à la partie construite qui commence exactement au croisement des rues de la Tombelle et du canal avec la grand' route. Ce n'est plus alors la route, c'est la rue.

De là à la barrière du chemin de fer de Vélu, il y a quatre cents mètres de rue avec des trottoir de huit mètres.

Ne pourrait-on , à un mètre cinquante de la bordure de ces trottoirs planter des tilleuls auxquels, plus tard, on donnerait forme d'espaliers pour ne pas gêner les habitants?

Ainsi, par quelques travaux de voirie élémentaires dans tout ce parcours urbain, avec quelques comblement de fossés et un coup de faux par an sur les bas-côtés de la grand' route proprement dite jusqu'au tournant d'Oëstres, on obtiendrait une entrée de ville très convenable à bien peu de frais.

Quant aux bancs, les deux qui ont été placés tout récemment, le sont fort bien, mais il en manque une au coin de la Route nationale et  de la rue du Pont, car c'est l'endroit où il serait certainement le plus agréable de venir s'assoir pour voir passer les passants.

Ainsi faisaient les Anciens qui, à l'entrée des villes, édifiaient des exhèdres de marbre blanc portant en de superbes et concises inscriptions, les  noms de ceux qui les avaient offerts à la Cité en remerciement d'une charge municipale décernée par le suffrage des citoyens.

Nous n'en demandons pas tant, un banc en plus, des plantations et un peu de propreté ...

Nous appelons sur ces modestes désidérata, au nom de plusieurs de nos concitoyens qui nous en ont prié, l'attention de Messieurs Qui-de-droit.

Lebadaud.

Le Journal de Saint-Quentin Septembre 1913

B.M. Fonds local.

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