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Par la ville, la Buerie d’Ostende et la Halle aux cuirs

 

Je suis allé dire hier soir un dernier adieu de votre part, Saint-Quentinois, à la buerie d’Ostende, qui fut un des ornements et une des célébrités de notre ville.

Ce qu’on en voyait encore du chemin de fer, ces dernières années, était lamentable et nonobstant plein de poésie. L’industrie s’en était allée mais à travers la désolation qu’elle avait laissée après elle, apparaissait encore la grâce que le XVIIIe siècle mit jusque dans les choses »méchaniques’.

Les bâtiments crevés, défigurés, conservaient leur belle ordonnance et la petite mare croupissait entre de nobles murs.

Il faut voir, sur un dessin de la fin du XVIIIe siècle, ce qu’était la « Blanchisserie de linon, appelée Buerie d’Ostende ».

C’est un château plutôt qu’une fabrique.

Saint-Quentin apparait avec ses tours et clochers au-delà du canal et de la courtine d’Isle.

La buerie s’élève à l’entrée du faubourg, à droite, son bâtiment industriel à toit mansardé, s’appuie sur une maison carrée en briques aux fenêtres bordées de pierres taillées. Une grille, dont les pilastres sont surmontés de pots, sépare le jardin de la manufacture. Après les jardins, ce sont sans doute les vastes prairies où l’on mettait les toiles à blanchir.

Derrière les bâtiments de l’entrée, certainement plus anciens et ayant l’apparence agricole, pointe vers le ciel la flèche d’une église.

Des orangers en caisse bordent toutes les constructions.

La triste mare de ces derniers temps est alors une belle pièce d’eau sur laquelle vogue une gondole. Une galante compagnie se promène le long de l’eau et sur un pont qu’un petit garçon anime de sa gaieté.

Tout est noble, calme, aisé. Quelle différence avec nos tristes ruines !

Bref, les ruines mêmes de la buerie d’Ostende périssent. Un entrepreneur parisien de démolitions fait place nette et la gare de Saint-Quentin resserrée, pourra sans doute s’agrandir de tout ce terrain si souvent remanié.

 

Pourquoi ‘Buerie d’Ostende » ? me demandera-t-on

 

Il est vraisemblable, pour ne pas dire que les premiers ouvriers qui travaillèrent dans cette blanchisserie, venaient d’Ostende où, comme dans toutes les Blanchisseries ont connaissait l’art d’apprêter les toiles.

Le linon- étoffe très clair de lin- avait été importé à Saint-Quentin à la fin du seizième siècle par les Crommelin qui firent, on peut le dire, la fortune industrielle de notre ville.

On blanchissait linons et batistes par des moyens un peu primitifs : l’exposition sur le pré entre le 15 mars et le 30 septembre et l’arrosage à chaud avec des produits divers. Quand on voulait faire vite et mieux, il fallait expédier la marchandise brute en Flandre. De là, l’idée de faire aussi bien et l’introduction à Saint-Quentin des meilleurs procédés par des Ostendais.

L’industrie qui s’exerçait dans la feu industrie d’Ostende est allée s’installer un peu plus loin, à l’abbiette dans la fabrique de sucre construite en 1860 par MM. Blanchart et Moret.

M. Sautreau et Cie leur succédèrent verts 1876 ; puis ce furent M. Gustave Cordier et M. Gargam.

Aux environs de 1882, la sucrerie fut transformée en raffinerie par M. Bertrand Silz ; MM. Lerouge frères reprirent l’affaire en 1886 ; puis ce fut Jaluzot. Enfin M. Bris racheta l’Abbiette pour y transporter la blanchisserie qu’il dirigeait dans la vieille buerie d’Ostende appartenant à la famille Cordier mais devenue inapte à l’industrie moderne.

Après un dernier regard aux ruines de la vieille buerie, je continue ma promenade sur le boulevard Cordier jusqu’à l’abattoir.

Un établissement nouveau-pour moi- sollicite ma curiosité. C’est la halle aux cuirs.

Des milliers de peaux de bœufs, vaches, veaux, moutons, chèvres, chevaux, bourriques sont là roulées ou en salaison- car on les sale pour qu’elles se gardent- attendant l’acheteur.

Elles sont vendues pour le compte des bouchers de la région, qui sont tous intéressés à l’affaire. Si l’affaire est bonne. Les transactions s’élèvent déjà à un million de francs par an et le mouvement va sans cesse croissant.

Les peaux sont vendues à la Bourse de la rue de la Sellerie par adjudication ; le deuxième lundi de chaque mois, et les acheteurs sont nombreux. Il en vient du Canada !

C’est M. Dumez qui a eu l’excellente idée d’implanter à Saint-Quentin cette pratique commerciale.

On lui prédisait des difficultés et un insuccès. C’est la réussite complète. M. Filliaux est le courtier assermenté de la halle aux cuirs et son activité y trouve facilement son emploi. Somme toute, c’est un gain pour Saint-Quentin que cette institution qu’on peut traiter jusqu’à un certain point de coopérative.

Ce qui nous manque encore, c’est un marché aux laines.

 

Journal de Saint-Quentin

16 et 17 juin 1912

BM. Fonds local

     

                                           Buérie d'Ostende vers 1780

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