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Massenet à Saint-Quentin

                                                                                                                            

 

 

Notre confrère Priola du « Guetteur » rappelle fort à propos l’apparition que fit Massenet, le célèbre compositeur qui vient de mourir, à Saint-Quentin en 1900.

C’était un moment où florissait la chorale des dames, si supérieurement dirigée par Mme Dranner.

Ce fut une de ces soirées triomphantes dont l’éclat sincère, tout spontané, chatouille agréablement les fibres du destinataire, quelque blasé qu’il puisse être. Cette fête eut lieu, comme à l’habitude à la Salle Vauban, étincelante de lumière, parée de l’élégance féminine de la société saint-quentinoise ; en dehors des ensembles vocaux, dirigés avec talent par M. Créty, on entendit, comme solistes, Mmes Dranner, de Lavallée, Seret, Pointin, Melles Marguerite Rousseau, Cécile Cantelon, Lefèvre, Fache, Magnier et comme professionnels M. Clément de l’Opéra- Comique et Melle Percheron, premier prix su conservatoire. Le duo du troisième acte de Werther, par Mmes Dampier et de La Vallée, le grand air de l’oratorio Marie-Magdeleine par Mme Dranner, des fragments de Manon, par M. Clément, Mme Seret, Melle Cantelon et Magnier et des morceaux ou d’autres fragments détachés de l’œuvre du Maître, chantés par Melles Rousseau, Lefèvre, Fache, etc. tout contribua à relever encore le prestige de cette soirée de premier ordre dont les amateurs conservent le souvenir rare de haut prix ;

Pendant le souper qui suivit le concert, Massenet causa beaucoup, c’était son habitude, et raconta intarissablement des gaudrioles ce qu’il adorait faire, à ce que nous ont dit ses amis. Il en était même un peu fatigant.

Son activité était étonnante. Le matin, il se levait dès l’aube, et lorsqu’on lui portait son courrier et ses journaux, il avait déjà écrit et composé durant trois ou quatre heures. Avant son déjeuner ; il répondait à ses correspondants, de sa haute et grande écriture, et recevait ses familiers. Il leur contait ses éternelles anecdotes, s’informait de l’actualité et témoignait une tendresse inépuisable - qu'il manifestait d’ailleurs par de réels services- jusqu’à son déjeuner.

Il s’occupait l’après-midi de visites ou de répétitions, allait voir des amis qu’il ravissait encore de sa belle humeur, et rentrait tôt. Il se couchait à huit heures et n’allait presque jamais au théâtre ; il ne voyait ses pièces qu’en matinée, mais il s’inquiétait régulièrement de la marche de son nombreux répertoire et téléphonait caque matin – il avait une ligne au numéro secret- pour savoir les recettes.

Nous avons quelques billets de lui où, à propos d’appréciations de ses œuvres, il nous prodigue des témoignages d’amitié.

Bref, c’était un expansif et un optimiste. La vie lui avait souri et il souriait à la vie.

 

Le Journal de Saint-Quentin

Août 1912

BM. Fonds local

 

Jules Massenet est décédé le 13 août 1912 à Paris.

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