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Articles ❯ Les abbayes et couvents ❯ Les religieux de l'Abbaye d'Homblières (de 948 à 1790) - 2ème partie

Les religieux de l'Abbaye d'Homblières                                                    Gérard Monsieur

2ème partie : Les abbés commendataires

 

 

 

 

 

Imposée à la plupart des monastères de France par le concordat de 1516 ( signé entre le Pape Léon X et le représentant de François 1er), la mise en commendes’appliqua à l’abbaye d’Homblières.

Le mot vient du latin : « commendare » qui veut dire : confier.

 

L’administration de l’établissement religieux est concédée comme bénéfice à un ecclésiastique séculier (ou à un laïc). Ce régime de la commende instaura dans le royaume de France la nomination des abbés par le pouvoir royal contre l’ancienne pratique qui voyait leur élection par les autres moines. L’ancien système entraînait souvent des abus de pouvoir des abbés.

On en a d’ailleurs un exemple avec l’abbaye d’Homblières : en mai 1413, le prévôt de Saint-quentin dut procéder à la saisie du « temporel » de l’abbé (Gobert de Vervins) et des autres religieux du couvent « pour cause d’excès, de délits et d’abus de justice » et remettre l’administration de l’abbaye entre les mains du mayeur et des échevins du lieu !

 

Les abbés, avant le concordat de 1516, étaient dits « réguliers », ils seront dits « commendataires » après. L’abbé commendataire possédait un bénéfice en commende (c’est-à-dire en garde, en dépôt) ; il jouissait seulement des produits du bénéfice, le pouvoir spirituel étant confié au second de l’abbé, appelé prieur.

On notera que la mise en commende de l’abbaye d’Homblières se fit tardivement, puisqu’en 1520 son abbé était toujours « régulier » !

 

Albert de Lénoncourt

 

Il est désigné abbé d'Homblières en 1602.

                                           

 

Le 13 janvier 1604, au nom de l'abbé commendataire Albert de Lénoncourt, le sous-prieur Dom Nicolle accorde un bail au fermier de Maurepas (Cugny) de 4 septiers de terre et d'un champ appelé le champ de Pitances.

 

 

Louis Lavocat

 

Louis Lavocat devient abbé d'Homblières en 1604.

           

 

En 1607, l'incurie des abbés commendataires eut pour conséquence la chute du clocher de l'église abbatiale. Celui-ci, en s'effondrant, ruina durablement le reste du bâtiment.

Louis Lavocat fixa le nombre de religieux de l'établissement à 10 prêtres et 6 novices; il leur assigna des pensions sur ses fermiers et ses revenus.

 

 

François Lavocat

 

Ancien chanoine de Paris, il succède à Nicolas en 1613.

                                            

Ce bail passé le 12 février 1626, concernant des terres de Courcelles, nous apprend que c'est Jeanne de Magny, veuve d'Antoine Carpentier le receveur de l'abbaye, qui est la procuratrice de Messire François Lavocat, aumônier ordinaire du Roy[1] et abbé commendataire de l'abbaye d'Homblières, celui-ci demeurant à Paris.

Il avait écrit les règles à respecter à l'Hôtel-Dieu de Paris:

Les religieuses devaient communier deux fois par semaine et les malades au moins une fois par mois. Les pratiques spirituelles permettant d'entretenir la ferveur de la communauté , comme rendre compte de l'état de sa conscience, ou procéder à des mortifications, soit de l'esprit, soit du corps, étaient fortement recommandées par l'auteur.

François Lavocat mourut en 1646.



[1] L'aumônier ordinaire du Roi faisait partie de la Maison ecclésiastique du Roi et était sous les ordres du Grand aumônier de France (charge créée par François 1er).

En 1635, la Guerre de Tente Ans avait éclaté, et les bâtiments avaient continué à se dégrader. Les religieux avaient dû se disperser. Un seul était resté, faisant son rôle de veilleur.

 

Henri

Prince de Lorraine, duc d'Elbeuf

Fils de Charles II de Guise-Lorraine, duc d'Elbeuf,

 et de Catherine Henriette de Bourbon,

fille de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées.

 

Né en 1620 et deuxième enfant (sur les six) de Charles II d'Elbeuf et de Catherine Henriette de Bourbon, et donc petit-fils de Henri IV, Henri de Lorraine fut nommé abbé d'Homblières en 1646, mais décéda deux ans plus tard, le 3 avril 1648.

                                                       

Catherine Henriette de Bourbon , veuve de Charles II d'Elbeuf,

 et mère d' Henri de Lorraine, abbé d'Homblières.

 

 

François de Rohan-Soubise

Appelé aussi François, comte de Rochefort, fils d'Hercule de Montbazon.

 

Après la mort de Henri de Lorraine, il devient le cinquième abbé commendataire de l'abbaye d'Homblières en 1648.

                                             

Dans ce bail de la cense de Maurepas rédigé le 9 mars 1650, on indique (à la 6èmeligne et suivantes) que François, comte de Rochefort a été nommé par sa Majesté abbé d'Homblières suite à la mort d' Henri de Lorraine; il a 18 ans.

Son père, Hercule de Montbazon, grand serviteur du royaume, présent dans le carrosse royal, avait été blessé lors de l'assassinat d'Henri IV, le 14 mai 1610.

François est l'unique fils du second mariage d'Hercule de Montbazon. Lui-même se mariera deux fois. La seconde fois avec Anne Julie de Rohan, une ancienne maîtresse de Louis XIV. Le mariage aura lieu à Paris en 1663, date à laquelle François n'est plus abbé d'Homblières.

  

…..de Roquépine

 

Cet abbé, dont nous ignorons tout, n'aurait dirigé l'abbaye que durant une année (1660 - 1661). Le seul document retrouvé de l'époque concerne un arpentage de terres du terroir de Bernot et appartenant à l'abbaye d'Homblières, mais il n'y est fait aucune mention du nom de ce religieux.


 

 

Joseph de Montpezat de Carbon

 

Né en 1615, fils de Jean-Antoine de Montpezat, seigneur de Salies, près de Saint-Gaudens,  il fut nommé abbé d'Homblières en 1661, puis devint abbé du Mas d'Azil, évêque de Saint-Papoul de 1665 à 1674, date à laquelle il fut désigné pour occuper le siège archiépiscopal de Toulouse.

Ainsi appelé à d'autres fonctions, c'est donc en 1664 qu'il abandonna son bénéfice  en faveur de son frère.

                                           

 

Jean V de Montpezat de Carbon

Archevêque de Bourges

 

Nommé évêque de Saint-Papoul en 1657, il fut remplacé par son frère Joseph lorsqu'il devint archevêque de Bourges. Dans le même temps, il était désigné abbé d'Homblières en 1665. Il garda cet office jusqu'en 1668, soit trois années, avant de prendre possession du siège archiépiscopal de Sens.

Entre temps la paix était enfin revenue, mais l'abbaye était dévastée, et cela, dû tant aux partis ennemis que français.

Le 17 novembre 1666, le moine solitaire fut adjoint d'un prieur : dom Antoine Thuret, savant paléographe et homme énergique qui se mit en devoir de restaurer l'église abbatiale ruinée.

 

Anne François Robert Aubery

 

Succédant à Jean de Montpezat de Carbon, Anne François Robert Aubery fut nommé abbé d'Homblières en 1668. Il  était le fils de Messire Robert Aubery, seigneur de Sully, qui a écrit une "Histoire de la régence de la reine Anne d'Autriche.

Il portait le titre de comte de Ponthieu.

                                                                           

Armoiries de Anne François Robert AUBERY, seigneur de la Salle, de Ponthieu et Placy (Plachy)

"D'or, à cinq faces (ou trangles) de gueules."

 

Ce fut un abbé commendataire qui, efficacement secondé par le prieur Antoine Thuret, porta beaucoup d'intérêt à son monastère, restaurant la communauté et faisant refleurir la discipline.

En 1669, un violent incendie se déclara dans les combles de la Basilique, se propageant aux maisons voisines. Or le gouverneur de l'époque, François des Essarts, marquis de Lignières, avait installé un magasin à poudre près de la chapelle Sainte-Hunégonde, elle-même très proche du sinistre. L'abbé Aubery et son prieur Antoine Thuret, tous deux justement présents à la Maison de refuge, tremblants pour les reliques, se soucièrent de les mettre en sécurité. Ce qui, en l'absence du gouverneur, fut fait par le mayeur de la Ville[1] et un représentant du Chapitre, qui abritèrent provisoirement le reliquaire dans les locaux de l'Hôtel de Ville.




[1] En 1669, l'avocat Charles CAIGNART était le premier magistrat de la ville.

  En 1679, il s'agissait de Louis LESCOT, grenetier au grenier à sel.

En juillet 1677, une ordonnance du lieutenant général de Saint-Quentin autorisait aux religieux à faire saisir le tiers des revenus de l'abbaye pour les réparations nécessitées par les bâtiments.

Ce n'est que le 28 mars 1679, que le gouverneur François de Pradel, sur ordre du Roi, remit entre les mains des religieux d'Homblières la châsse de Ste Hunégonde qui, ainsi,  retrouvait enfin son abbaye et son village.

Vers 1687, l'abbaye s'était repeuplée. Les revenus demeuraient modestes: 12 000 livres annuels, dont un tiers allait au monastère et deux tiers au commendataire.

                                            

Bail accordé par l'abbé Aubery au laboureur François Moreau du Petit-Essigny, en 1690.

L'abbé était un personnage important. Seigneur d'Homblières, il nommait le maire et les échevins du village. Ceux-ci avaient des droits[1] mais aussi des devoirs.
Le maire avait le droit d'aller à l'offrande seul, représentant les habitants, le jour de l'Ascension et de la fête du Saint Sacrement. Dans l'église abbatiale, il était obligé de présenter une tarte au Prieur et au religieux , la veille de l'Ascension.

En juin 1696, le maire Jean Legrand s'y refusa par ostentation provoquant le scandale au sein de la communauté. Il fut condamné le 26 juillet suivant à payer la fameuse tarte et un cierge d'une demi-livre pour servir à l'autel !




[1] Voir fascicule "Cartulaire et Pouillé de l'abbaye Notre-Dame d'Homblières" pages 112 et 113.

L'abbé Aubery, en 1696, demanda à Santeul[1], célèbre chanoine à l'abbaye Saint Victor de Paris, de composer des hymnes en faveur de Sainte Hunégonde.

Quand ces poèmes lyriques furent composés, l'abbé d'Homblières négligea de les faire chanter.

Alors, Santeul écrivit une pièce de vers intitulée "Divae Hunegundis querimonia" dans laquelle la Sainte elle-même se plaint à l'abbé Aubery de sa négligence.

Santeul envoya cette "Plainte de Sainte-Hunégonde" à Fenelon qui répondit:

 

"Pour moi, j'ai trouvé, Monsieur, que vos vers ont une politesse qui ne devrait point craindre celle que vous dîtes qui est à Versailles. Je les ai lus avec avidité, et la pente était si raide que je n'ai pu m'arrêter  depuis le commencement jusqu'à la fin."




[1] Jean de Santeul (1630-1697), appelé aussi Jean-Baptiste Santeul, ou Santeuil, fut un poète français qui obtint un grand succès littéraire. Sa passion principale était la poésie latine. Il est l'auteur de l'hémistiche devenu populaire: "Civis murus erat", le citoyen était un mur, rappelant la défense héroïque des Saint-Quentinois lors du siège de 1557 par les Espagnols.

                                            

Le 17 août 1700, l'abbé Aubery reconnaît donner à ferme, pour une période de 9 ans renouvelable, des terres labourables à Nicolas Delevalle moyennant une redevance annuelle de 6 septiers de blé et d'acquitter cens et rentes foncières chaque année à la saint Rémi.

Vers 1703, le prieur de l'abbaye d'Homblières est Alexis Decoreau. Son nom apparaît sur les baux alors établis. Il remplaça Antoine Thuret qui, en généalogiste renommé, avait établi une table chronologique et généalogique des rois de France qu'il présenta d'ailleurs lui-même à Louis XIV, document qui fut imprimé à Paris en 1687 et 1706. Il fit le même travail pour les rois d'Espagne.


                                            

Bail accordé par Anne François Robert Aubery pour la cense de Maurepas, en 1707.

On remarque dans la rédaction de certains baux qu'il est précisé que l'abbé Aubery demeure "ordinairement à Paris". Ce qui n'a rien d'étonnant de la part d'un abbé commendataire qui, comme les autres, ne séjourne qu'épisodiquement dans son monastère.

Pendant de longues années l'abbé Aubery fut en conflit avec les gouverneurs de la ville de Saint-Quentin qui, selon lui, s'étaient approprié indûment une partie de la Maison de Refuge des moines d'Homblières. L'affaire alla devant le Parlement qui la renvoya au Conseil d'Etat. La procédure traîna en longueur. L'abbé n'eut finalement pas gain de cause. Selon certaines pièces retrouvées, la Maison de Refuge avait été aliénée par le Pouvoir royal selon un contrat de 1618[1].

Le 22 juillet 1715, on posa la première pierre d'une nouvelle église abbatiale. Le bâtiment faisait 41 mètres de long. Son portail s'ouvrait à l'ouest. Elle ne pouvait cependant pas être comparée à la splendeur de la précédente.

 

Anne François Robert Aubery  mourut en 1716.

Au moment de sa disparition, Etienne Théodore Le Carlier était prieur; Aegide de Radepont, sous-prieur; Laurent Dentremeuse, cellérier; Antoine Placide Lefevre, organiste; Jean de Blois, dépositaire et Philippe Auguste Le Carlier, bibliothécaire.




[1] Pour plus de détails, voir le fascicule "Le Refuge des moines d'Homblières".

 

 

Charles François d'Hallencourt de Dromesnil,

Evêque, comte d'Autun, puis de Verdun,

Prince du Saint-Empire,

Abbé de la Charité et d'Homblières.

                                                 

                                                          

 

Armoiries de Charles François d'Hallencourt de Dromesnil:

"d'argent, à la bande de sable, accostée de 2 filets du même".

 

Le palais épiscopal de Verdun, en Lorraine, possède un tableau représentant le portrait de Charles d'Hallencourt de Dromesnil, 93ème évêque de Verdun, de 1722 à 1754.

Né le 24 octobre 1674 à Neuville-sur-Ailette, il était fils de Messire François Louis d'Hallencourt, marquis de Dromesnil, et de Dame Nicolle Françoise de Proisy.

 

Nommé évêque d'Autun le 26 janvier 1711, il deviendra abbé d'Homblières en 1717, puis succédera à Hippolyte de Béthune à la tête de l'évêché de Verdun le 1er juin 1721.


A partir de 1724, faisant appel à Robert de Cotte, premier architecte de Louis XV, Charles François d'Hallencourt va faire édifier le palais épiscopal de Verdun. Dans ses mémoires, Saint-Simon considère cette construction comme "le plus vaste et le plus splendide palais épiscopal qu'il y ait en France".

Cette splendide construction abrite, de nos jours, le Centre mondial de la Paix.

La fièvre bâtisseuse de cet évêque lui a valu le surnom de "maçon mitré" .

Il sera créé cardinal le 9 décembre 1731.

Sa mort survient le 16 mars 1754 à La Charité, abbaye près de Besançon dont il était aussi abbé commendataire.

                                                

Acte de naissance de Charles François d'Hallencourt:

"Le vingt-quatrième d'octobre (1674) par moi soussigné Curé de Neuville (sur Ailette) a été baptisé Charles François d'Hallencourt, fils de Messire François Louis d'Hallencourt, seigneur de Candeuille du diocèse de Beauvais où il fait sa demeure ordinaire, et de dame Nicolle Françoise de Proisy son épouse. Il est né le jour même de son baptême à six heures du matin. Son parrain a été Messire Charles Le Dannois, seigneur de Fassigny et sa marraine dame Guillemette Danglebermer, épouse de Messire Jean de Proisy, seigneur de Neuville.

Le père, la marraine ont signé avec moi le présent acte ainsi que le parrain."                                          

                                                        

       Palais épiscopal de Verdun construit par Robert de Cotte

         à la demande de Charles François d'Hallencourt de Dromesnil.

 

 

Bail consenti le 9 juillet 1736, devant un notaire royal, par le prieur de l'abbaye d'Homblières, Jean Baptiste de Blois, chargé de pouvoir "d'illustrissime et révérendissime seigneur, Monseigneur Charles François d'Hallencourt, évêque-comte de Verdun, prince du Saint-Empire, abbé commendataire de ladite abbaye et, en cette dernière qualité, pair de Vermandois…", à Louis Claude Delaplace, laboureur, demeurant à la Cense de Courcelles.

                          

 

                          En 1747, un plan de l'abbaye  fut établi par un arpenteur . C'est le seul que nous possédons.

                         

Ce travail résulte d'un différend qui a opposé "le seigneur évêque de Verdun et abbé commendataire de ladite abbaye" et " les religieux, prieur et couvent, de l'abbaye d'Homblières".

Le jugement ayant été rendu le 8 mars 1747, la réalisation du plan devait mettre fin au litige.
Il a été paraphé et vérifié par Charles Henri Dorigny, conseiller du Roi, lieutenant particulier au bailliage de Vermandois à Saint-Quentin, commissaire délégué par arrêt du Conseil du 3 août 1747, en présence de Dom Auguste Le Carlier, le prieur de l'abbaye, et du procureur Fouquier l'aîné, porteur de la "procuration dudit seigneur abbé ".

                                          

 

En novembre 1750, Charles Claude Antoine Dartois, conseiller du roi et président lieutenant général au Bailliage de Vermandois à Saint-Quentin, et représentant Messire Charles François d'Hallencourt, autorise l'adjudication faite à Pierre Rigaud d'un bail emphytéotique concernant le moulin de Morcourt et ses dépendances appartenant à l'abbaye d'Homblières.

 

Georges Albert François De la Verdure[1]

Sieur de Gavrelle,

Chanoine de Cambrai

 

Georges Albert François De la Verdure est né à Douai, le 15 février 1688. Il était fils de Georges De la Verdure et de Françoise Marie de Douai. Son père, chevalier, sieur d'Hesquelles, de Ternas, d'Allennes et de Gavrelle en partie, fut avocat au Parlement de Paris, puis conseiller au Parlement de Tournai.

 



[1] Cette famille est originaire du Boulonnais (Fruges près de Montreuil)                               

                              

Armoiries de Georges De La Verdure et de son épouse Françoise de Douai

Georges Albert François devint chanoine de l'église métropolitaine de Cambrai.

 En janvier 1744, il est nommé prévôt de cette église par le Chapitre. Cependant, un autre chanoine, M. de Fitz-Maurice, lui dispute cette charge car il a été pourvu de cette dignité par le Pape. Un procès s'ensuivit au Parlement et fut même évoqué au Conseil du Roi.

Fitz-Maurice, comprenant que, malgré l'appui de Rome, il allait être écarté, abandonna ses droits au Roi, si bien que le Chapitre et M. de la Verdure  se trouvèrent dans la nécessité de plaider contre leur souverain !

Quoiqu'il pût gagner son procès, De la Verdure préféra accepter en dédommagement la place d'abbé commendataire de l'abbaye royale d'Homblières qui lui était offerte par M. de Séchelles, alors intendant de la province.

Le Chapitre, qui l'avait en grande considération, lui accorda le titre de prévôt et de chanoine honoraire.

C'est donc en 1754 que Georges Albert François De la Verdure prit ses fonctions d'abbé d'Homblières. Il vint lui-même officier à la fête de sainte Hunégonde et toute la communauté religieuse lui offrit une magnifique réception pleine de réjouissances si l'on en croit le récit qui en fut fait.

Dom Auguste Le Carlier, le prieur, avait fait faire un grand plat pour le dessert représentant les emblèmes du nouvel abbé : le récipient, "formé de carton peint et vernissé", montrait un beau groupe d'animaux, de coquillages, de cavernes, de buissons, d'arbustes et d'arbres chargés de fruits de différentes espèces, et "chacun, en le voyant, s'écriait naturellement : Quelle belle verdure! "

Le prieur avait eu soin de faire placer plusieurs devises dans les différents décors.

 

Le tapis vert et planté du fond portait celle-ci:

 

  Les prés ont sans doute leurs charmes,

  Les bois ont aussi leurs attraits;

  Mais je préfère les forêts

  Qui de notre abbé me forment les armes.

 

Une grotte était couverte d'un beau feuillage surmonté d'une banderole sur laquelle on pouvait lire:

 

  Une fontaine désaltère,

  Un beau feuillage rafraîchit:

  Dans ces lieux aucune misère,

  La Verdure nous enrichit.

 

Les cinq arbres plantés en quinconce avaient aussi leur devise:

 

  Les arbres s'élevant au-dessus du rocher

  Fournissent des objets qui nous doivent toucher.

 

Un pèlerin se reposait sous un des arbres du coin et paraissait lire cette phrase:

 

  De tous lieux quelle plus belle parure

  Que l'agréable et riante verdure !

 

Une autre figure de religieuse semblait méditer sous un autre arbre où elle attachait cet écriteau:

 

  Tout à fait libres dans ces verdoyants réduits,

   Bannissons pour toujours les guerres et les bruits.

 

Ces mots rappelaient, bien sûr, les tracas causés à De la Verdure par le précédent procès.

Mais toute l'assistance se prit à rire en découvrant sous un troisième arbre un joueur d'instrument, à "l'air joyeux et gaillard", qui, près d'un oiseau le bec ouvert, tenait dans la main un papier plié.

Le prieur, avec l'assentiment de l'abbé, l'ouvrit et prononça : "Cantate"

Et, se tournant vers l'abbé,  il chanta, selon l'air indiqué (Tarare pompon) :

 

  "Qu'il vive dans la paix, et qu'il ait santé pure!

   Qu'il possède longtemps! C'est le vœu que je fais,

               Et qu'étant la Verdure,

              Il ressente à jamais

               De la verte nature

                     L'effet.  "

 

Les applaudissements suivirent pour l'accomplissement des vœux récités par le prieur.
Le coureur sous le quatrième arbre du coin finit d'attirer l'attention; une pancarte sur sa poitrine portait ces vers:

 

  Dieux des bois, accourez, vous, faunes, vous, satyres:

  Les nymphes, à vos chants, joindront leurs voix, leurs lyres.

 

Ceci invitait tous les convives à chanter, parmi lesquels se trouvaient les nièces de l'abbé La Verdure, ainsi que madame la comtesse de Vair et mademoiselle De la Noue, sœur et nièce du prieur Auguste Le Carlier, d'autres parentes de religieux, le récollet[1] lecteur de l'abbaye et le curé de la paroisse[2].

 

Malheureusement cette joyeuse réception et ces vœux de "santé pure" ne lui portèrent pas la chance espérée puisque l'abbé De la Verdure mourut d'apoplexie à Cambrai le 29 juillet 1756. Il fut enterré aux Capucins de cette ville.




[1] Récollet vient du mot latin: recollectus "reccueilli". C'est un religieux de l'étroite observance de saint François.

[2] Hugot, le curé d'Harly, assurait alors le service religieux d'Homblières.

Le sceau de cet abbé d'Homblières était ovale (3,5 cm sue 3,1 cm). On y voyait dans un cartouche les armes de l'abbaye d'Homblières:

" échiquetées d'azur et d'or au chef de France, surchargées d'un petit écusson au cyprès des De la Verdure".

L'écu était placé sur deux crosses posées en sautoir et surmonté d'une couronne ducale, d'une mitre et d'un chapeau de prévôt, à trois rangs de houppes.

                                                     

                               Cet Ex-libris[1] de l'abbaye d'Homblières date du XVIIIème siècle (style baroque).

Les branches de cyprès, de part et d'autre, qui rappellent l'arbre fétiche des De la Verdure peuvent laisser supposer qu'il s'agit peut-être de celui de cet abbé. 




[1] "Ex-libris" vient du latin ex libris meis, ce qui signifie: "faisant partie de mes livres".

C'est une vignette gravée et personnalisée que le propriétaire d'un livre colle à l'intérieur de  la couverture ou la page de garde de celui-ci, comme signe d'appartenance. Ici, il s'agit d'un ex-libris que les moines d'Homblières apposaient sur les livres de leur bibliothèque. L'élément principal et symbolique représente le blason de l'abbaye.

 (Document aimablement prêté par Frédéric BEZARD)

 

 

                                                    

 

Bail rédigé en 1755 par le notaire royal au profit de Pierre Venet et Eloy Prévot, laboureurs demeurant à Croix-Fonsomme, et portant sur un pièce de 128 septiers 24 verges de terre labourable située sur le terroir de Courcelles.

Ce contrat a été accepté par le prieur Dom Philippe Auguste Le Carlier et les religieux de l'abbaye d'Homblières, au nom de Messire Georges Albert François De la Verdure de Gavrelle, abbé commendataire de ladite abbaye, pair de Vermandois, prévôt et chanoine honoraire de l'église métropolitaine de Cambrai.

 

Eugène Hercule Camille de Rohan-Guéméné

 

 

Né le 6 avril 1737, Eugène Hercule Camille de Rohan-Guéméné est le fils de Charles de Rohan, prince de Rochefort et de Montauban, gouverneur de Nîmes, et d' Eléonore Eugénie de Béthisy, dame de Mézières.

Nommé abbé d'Homblières en 1757, il fut aussi chanoine de Strasbourg et tréfoncier[1] de l'église Saint-Lambert de Liège. Il était appelé "le prince Camille".

Le 27 mai 1765, il fit l'émission de ses vœux dans l'ordre de Malte, entre les mains du bailli de St Germain-Beaupré, grand-prieur d'Aquitaine, en l'abbaye de Panthemont[2].

Il devint général des galères de cet Ordre en 1767, fut créé brigadier d'infanterie le 3 janvier 1770, et maréchal de camp le 1er mars 1780.

Emigré en 1791, il est devenu général-major, puis feld-maréchal-lieutenant au service de l'Autriche, et commandeur de l'ordre de Marie-Thérèse[3].

 

 

Le bail du 3 janvier 1785 concernant la ferme d'Abbeville (terroir d'Homblières), propriété de l'abbaye d'Homblières, est rédigé par des notaires royaux  en présence de Pierre Boudard, conseiller du Roi, représentant Pierre François Roger Duquesne, écuyer, ayant lui-même reçu les pouvoirs du :

"très haut et très puissant Seigneur Eugène Hercule Camille, prince de Rohan, bailli, Grand-Croix de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, maréchal de camp des armées du Roy, abbé commendataire de l'abbaye d'Homblières, ordre de saint Benoît de l'ancienne observance, diocèse de Noyon, demeurant en son hôtel à Paris, rue de Sèvres, paroisse saint Sulpice…."




[1] Les chanoines du chapitre de Saint-Lambert en étaient les seigneurs tréfonciers. Ils disposaient chacun d'une stalle     dans le chœur de la cathédrale, du droit de vote au chapitre et percevaient une prébende. Les tréfonds étaient les différents domaines dont le chapitre avait la gestion et les revenus.

[2] Source: Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules- Vol.6 -Jean-Joseph Expilly

[3] Source: Histoire généalogique et héraldique des pairs de France-Vol.8-J.Baptiste Pierre Jullien de Courcelles.

  Ordre militaire fondé le 18 juin 1757 par l'impératrice Marie-Thérèse 1ère, impératrice du Saint-Empire romain germanique, reine de Hongrie et de Bohême.

 

Les différents contrats et actes rédigés depuis le début du XVIIIème siècle nous permettent d'établir une liste précise des prieurs et autres moines ayant constitué la communauté bénédictine de l'abbaye d'Homblières.

 

En 1715

 

Etienne, Théodore LE CARLIER, prieur

-Aegide de RADEPONT, sous-prieur

-Laurent d'ENTREMEUSE, cellérier

- Antoine, Placide LEFEVRE, organiste

-Jean de BLOIS, dépositaire

-Philippe Auguste LE CARLIER, bibliothécaire

auxquels s'ajoutent:

Jean BERNARD et Antoine DUMONT, laïcs

 

En 1732

 

-Philippe Auguste LE CARLIER, procureur

 

En 1737

 

-Jean Baptiste De BLOIS, prieur

-Antoine Placide LEFEVRE, sous-prieur

-Philippe Auguste LE CARLIER, procureur

-Pierre BRAUX, trésorier

-Jean Paul Louis GALLOIS, dépositaire

-Louis Robert Henry BRULẺ

-Alexandre François LE CLERCQ

 

En 1746

 

-Philippe Auguste Le CARLIER de PARGNAN, prieur

 

En 1749

 

-Jean Paul Louis GALLOIS, prieur

-Pierre Etienne FORTIN

-Quentin Philbert CHYPRE

 

En 1772

 

-Philippe Auguste Le CARLIER de PARGNAN, prieur (décédé en 1777)

-Jean Paul Louis GALLOIS, sous-prieur

-François Alexandre LE CLERCQ, procureur

-Pierre Etienne Nicolas FORTIN (décédé en 1780)

-Quentin Philbert CHYPRE

-Charles Claude QUENESCOURT, dépensier

-François Benoît Célestin BISSET, cellérier

-Jean Baptiste Auguste PIERRART

-Jean Louis Antoine DAUCHEL

-Mathieu LOTINEAU

 

 

En 1789

 

-Gabriel Benoît Célestin BISSET, prieur

-Claude Charles QUENESCOURT, sous-prieur

-Quentin Philbert CHYPRE

-Auguste Jean Baptiste PIERRART, procureur

-Jacques Mathieu LOTINEAU, secrétaire

-Jean François Auguste Joseph Benoît LANGLET, trésorier

-Célestin SAROT

-Gabriel D'HERMONT

A partir de 1768, les bénédictins d’Homblières s’estimaient trop âgés et en trop petit nombre pour pouvoir bien remplir leurs offices ; en 1785, ils demandèrent leur sécularisation (leur rentrée dans le monde). L’évêque de Noyon le leur accorda . Une bulle du pape et des lettres patentes du roi leur confirmèrent.

Un document des Archives municipales de Saint-Quentin atteste par acte capitulaire du 15 mai 1788 que les religieux d’Homblières consentirent que leur maison « fût convertie en chapitre noble séculier de chanoinesses ».

Le chapitre noble séculier d’Homblières fut donc créé par brevet du roi le 26 septembre 1788. Le duc d’Orléans, comte de Vermandois, fut chargé de pourvoir aux places et dignités de ce chapitre.

Les nouvelles dames d’Homblières porteraient un insigne.

Le 4 février 1789, le duc d’Orléans nomma chanoinesse d’honneur la demoiselle Barbe-Antoinette-Charlotte Collinet, comtesse de la Salle, née à Epinal le 21 juin 1780 : elle a 9 ans (justement l’âge où Hunégonde courait, lanterne à la main, écouter mâtines)!

 

Mais la Révolution était en marche !

Le 6 mars, le prieur d’Homblières, Gabriel Bisset, était présent, en tant que tel, à la réunion des trois ordres, assemblée préparatoire des Etats-Généraux où il représentait sa communauté et son abbé commendataire et qui se tenait en l'église des Cordeliers à Saint-Quentin!

Le 11 novembre 1790, deux commissaires du district de Saint-Quentin vinrent appliquer le décret de sécularisation rendu par l’Assemblée nationale, et trouvèrent encore huit bénédictins dans l’abbaye.

Le Prieur leur fit remarquer  que sa communauté était déjà sécularisée depuis le 12 mars 1789, par bulle pontificale.

Les deux commissaires dressèrent un état des lieux. Le 17 avril 1791, les commissaires saint-quentinois revinrent pour inventorier et transporter à la ville les objets du culte de l’église abbatiale.

Les habitants du village, très attachés à leur sainte patronne, obtinrent la permission de garder les reliques .

Ce même jour, le procès verbal signé, les commissaires fermèrent la sacristie et les portes de l’église du monastère. Ils y apposèrent les scellés. En 1792, tous les ordres religieux étant supprimés, les bénédictins durent se disperser, et, comme tous les ci-devants religieux, prêter serment à la Nation.

 

L'abbaye, ses dépendances et tous ses biens, furent vendus comme biens nationaux.
Les bâtiments conventuels et l'église abbatiale furent adjugés pour la somme de 87300 livres, et devinrent carrière de pierres .

 

Eugène Hercule Camille de Rohan-Guéméné, dernier abbé commendataire de l'abbaye d'Homblières, réfugié en Autriche, servira dans l'armée des Emigrés contre la Révolution française.

                                                            

 

SOURCES

 

- Archives départementales de l'Aisne : H.589 - H.591 - H.592 - H.593 - H.594 - H.595 - H.596 - H.597 - H.598 - H.599 - H.600 - H.601 - H.603

- Archives municipales de Saint-Quentin : Archives anciennes (liasse 264-Dossier B)

- Sainte-Hunégonde et l'abbaye d'Homblières - Ch. Journel -

-  Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, civile et militaire

  de la    province de Vermandois - Louis Paul COLLIETTE - Tome 2 -1772 -

   Société Académique de Saint-Quentin.

- Annales bénédictines - T. VII - Dom Jean Mabillon -

- Annales de l'église cathédrale de Noyon - J.Le Vasseur - 1633 -

- Histoire économique et sociale du Moyen-âge occidental -R. Fossier -1999 -

- Mémoires de l'abbé Le Gendre, chanoine de Notre-Dame - par M. Roux - Paris-1865-

- Dictionnaire de patrologie - A. Sevestre - 1835 -

- Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules- Vol.6 -J.J. Expilly-

- Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France - Nicolas Victor de Saint-Allais (1773-1842) Paris- 1816

- Histoire généalogique et héraldique des pairs de France-Vol.8-J.Baptiste Pierre Jullien de Courcelles -

- Histoire de la cathédrale de Noyon - E.Lefèvre-Pontalis -Bibliothèque de l'Ecole des Chartes - 1900 -

- Souvenirs de la Flandre wallonne -Recherches historiques et choix de documents relatif à Douai et à la Province - publiés par une réunion d'amateurs et d'archéologues - Tome premier - pages 157 à 169 - Douai - Dechristé Editeur - 1861 -

- Les moines d'Occident : de saint Benoît à saint Bernard -Comte de Montalembert -T.6 - Lecoffre- Paris- 1877 -

- Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres -

- Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie:

1859 - 1861 - 1865 -

- Armorial général de France- vol. 12 - Flandres - dressé en vertu de l'édit de 1696 - Charles d'Hozier.

 

 

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