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Articles ❯ Saint-Quentin , il y a 100 ans ❯ Jonas, un peintre de la physionomie masculine

 

Au salon régional

Un peintre de la physionomie masculine

 

M. Desprey-Pollet, rue Crois-Belle-Porte à Saint-Quentin, qui organise chaque année un « Salon régional » dont le succès ne se dément pas, a eu la bonne idée de réunir sur un même panneau une vingtaine d’œuvres du peintre Jonas heureusement révélé aux Saint-Quentinois.

A vrai dire quelques-uns le connaissant et quand dans les milieux « nordiques » on parle de Jonas, c’est un concert d’éloges : « Jonas ? Un vrai tempérament ! Un fort ! » Bref, la « Betterave » est fière de Jonas et nous dirons toute l’importance de la Betterave en apprenant à nos lecteurs que cette association parisienne des originaires du nord de la France eut longtemps comme président le grand poète Auguste Dorchain qui est parti vendredi de Saint-Quentin en laissant un sillon d’admiration.

Mais le peintre Jonas est connu en deçà du 49ème parallèle. Il a conquis, à la force de son poignet armé d’un pinceau, et le prix de Rome, et la Bourse de voyage du salon, et le Prix national…..

Ceci compte peu pour nous, car combien de fois, en thèmes n’ont jamais pu faire une version, c'est-à-dire transmuer l’esprit d’un auteur dont le nôtre, et combien de bêtes à concours n’ont pu nous donner le frisson de la vie et de l’éternelle Beauté dans leurs œuvres picturales ou plastiques.

Les succès d’école de Jonas ne sont évidemment que des accidents heureux : il est supérieur aux récompenses qu’on lui a données, mais enfin il fallait noter celles-ci.

Nous avons parlé déjà des « Bibliophiles ».

S’attaquer à un tel morceau et le réussir, la voilà la preuve d’un exceptionnel tempérament de peintre ! Bien à prendre dans cette grande page qui arrête les passants devant la vitrine de M. Desprey-Pollet. Les trois têtes penchées sur des livres, têtes qu’on sent, qu’on sait être des portraits, sont, nous ne dirons pas parlantes car le silence est là de rigueur, mais vivantes d’une vie intellectuelle. On n’imagine pas qu’on puisse avoir une autre expression devant un livre dont on goûte et le texte et la façon dont il est présenté. Ce tableau s’apparente à ceux des grands Hollandais qui ont réuni des compagnies d’hommes ou de femmes dans une idée commune. Il ferait l’ornement d’une bibliothèque et il est bien fâcheux que celle de Saint-Quentin soit di banale, si haut perchée et que le budget en soit si pauvre. Ceux qui la fréquentent en regardant le tableau de Jonas, y prendraient une leçon de lecture.

Dans un cadre plus restreint dans le cadre de l’étude plus que du tableau, voyons la « Note diplomatique » ; un maire sans doute écrit au préfet une lettre dont la rédaction ne laisse pas que d’être malaisée. Un de ses collaborateurs est là, cherchant lui aussi le mot dont l’absence fait rester en l’air la plume du magistrat municipal. Et cette figure de penseur est parfaite en soi ; on peut la détacher de la scène explicative ; elle restera avec toute sa signification.

Il est apparent que le peintre de sert pour ses études du même modèle et le «  cardinal écrivant » ressemble comme un frère au « Médecin » mais là est le talent ! De ce même homme ; l’artiste a bien fait un cardinal et bien un médecin. Il a suffi, non pas de l’environner chaque fois de quelques accessoires professionnels ce sui eut été trop facile, mais de lui indiquer l’impression et la pose et le génie du peintre a fait le reste.

« Le pion » est un pur chef-d’œuvre qui gâtent un peu les potaches mal lavés et à l’air trop « sergot » ; « Le mineur » est une effigie définitive ; c’est la brute blinde des Flandres, à l’œil bien, au coup de taureau dont l’imagination ne dépasse pas le filon dans lequel il taille ce charbon dont il est tout barbouillé. La » Vieille en prières » est mal encadrée, mais une jeune fille disait à côté de nous : « Comme elle prie bien ! » C’était l’éloge suprême.

Jonas est doué, un peintre d’expression et surtout d’expression masculine car le visage féminin, à partir d’un certain âge et dans les milieux rustiques se masculine.

Nous ne connaissons pas de lui d’effigie de femme et nous nous demandons si son rude pinceau aurait la caresse suffisante.

Peut-être, car il est de la race de ceux qui peuvent ce qu’ils veulent, mais il le lui faudrait vouloir, semble-t-il, fortement ?

Chez Lucien Jonas la couleur est grasse, généreuse, c’est truculent et flamand.

Nous ne louerons pas  la probité du dessin ; quand on campe trois personnages dans un intérieur comme il l’a fait pour « Les bibliophiles », on peut réaliser avec son fusain les scènes les plus compliquées.

Et ce qui nous ravit chez ce peintre, c’est qu’il est abondant et varié. Il quitte la physionomie humaine pour celle au moins aussi diverse de la nature. D’un voyage dans le Midi, au milieu d’une lumière nouvelle à ses yeux d’homme du nord, il rapporte d’admirables études où la terre et le ciel de Provence sont compris et rendus comme si toute sa vie, le peintre avait entendu chanter les cigales sur les pentes de  l’Esterel. Ses « Pins du cap-Martin » et son « Port de Menton » sont des chefs- d'œuvre d’une incroyable puissance d’évocation ;

Voilà un peintre ! A.V.

 

Le Journal de Saint-Quentin

février 1913

B.M. Fond local

 

Quelques musées possédant des toiles de Lucien Jonas

Musée Antoine Lécuyer : Portrait de Léon Delvigne.

Historial de la Grande Guerre à Péronne

La Piscine de Roubaix

Musée des Beaux- Arts de Valenciennes

Palais des Beaux- Arts de Lille

Une fresque dans l’église de  Rumilly en Cambrésis.


                    Une fresque dans l'église de Rumilly-en-Cambrésis

                          

                        Historial de la Grande Guerre - Soldat de la Grande Guerre

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