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La foire de la Saint-Denis

                                                     

 

Temps splendide merveilleux, pour le premier dimanche de la foire. Personne ne s'attendait à une aussi belle journée après un temps affreux comme celui de samedi. Nos commerçants étaient navrés et  il y avait de quoi, car tous avaient fait des préparatifs en vue du premier dimanche.

L'affluence a été grande de bonne heure sur le champ de foire où les orgues ronflaient avec une ardeur sans égale. Tout le monde trouve que l'aspect de la foire répartie sur le boulevard Gambetta  et sur tout l'emplacement du Marché-Franc est heureux. La foire semble avoir pris une plus grande importance; le fait est que le nombre des forains est supérieur à l'an dernier.

La foire de la Saint-Denis est redevenue une des premières de toute la région. Nous le devons à notre municipalité qui s'est efforcée dès le début à rendre à Saint-Quentin sa bonne renommée et sa chaude hospitalité d'autrefois. Finis, les mauvais jours! Habitants du dehors, vous pouvez venir sans crainte visiter l'antique foire de la Saint-Denis; elle a retrouvé tout son attrait de jadis.

Mais vous n'avez pas attendu notre invitation. Vous étiez, hier, en très grand nombre sur notre champ de foire et dans les rues principales de notre ville.

Et tout ce monde qui se pressait autour des baraques ne manquera pas de revenir.

La physionomie des foires se modifie d'années en années. Ici, comme ailleurs, il faut suivre le progrès et compter avec les raffinements, chaque jour, nouveaux de la civilisation. Le temps est passé où l'on voyait sur le champ de foire le "pédicure de la reine d'Angleterre" et la "voyance des souverains d'Europe" le fournisseur attitré de la cour de Russie pour le poil à gratter, des sultans en rupture de harem et des monarques détrônés devenus saltimbanques.

Les forains se sont modernisés. On n'en voit plus déjeunant à la diable d'un morceau de pain et d'un oignon, soupant d'un ragoût graisseux, vivant au jour le jour, oubliant hier, se moquant de demain. Disparu le forain à la barbe hirsute, aux longs cheveux huileux, au chapeau aux  larges bords, finis les baraques branlantes, les pars des cocasses, les boniments pittoresques et les quinquets fumeux. La baraque des lutteurs qui domine là-haut sur l'emplacement des anciens abattoirs , est devenue  un "théâtre de culture physique" et on ne se jette plus le "canaçon"

A la foire, c'est le cinéma qui règne en maître. ses baraques s'éclairaient à l'électricité. Les établissements rivalisaient de luxe et de confortable comme les voitures servant d'habitation à MM. les forains.

Sur cet emplacement de l'ancien abattoir dont le terrain a été nivelé, se dresse le majestueux établissement Benner , deux manèges d'aéroplanes et un chemin de fer avec tunnel qui peut rivaliser pour la vitesse avec les express de la ligne du Vélu Bertincourt. Là, comme sur le marché franc, on circule très à l'aise, au milieu des baraques fort bien alignées.

Les loteries semblent avoir à peu près totalement disparues, par contre les établissements où l'on gagne des objets au moyen d'anneaux semblent s'être multipliés. Signalons un panorama où l'on voit l'Enfer, l'arrestation de la bande Bonnot et toutes les horreurs propres à donner le frisson !

Une baraque met à nu sur un tableau le mollet d'une parisienne. C'es la reine des colosses, une vraie parisienne de Paris, parait-il. Elle a 18 ans et pèse 416 livres et elle nous fait la grâce de nous montrer son mollet. C'est gentil n'est-ce pas ?

Allez la voir. Elle est installées dans la haut du boulevard Gambetta.

Sur le boulevard Gambetta, quelques établissements pittoresques ont attiré la foule. En résumé, la foire de la Saint-Denis est certainement une des plus attrayantes que nous ayons vue.

Journal de Saint-Quentin

Octobre 1913

B.M. Fonds local

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