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L’église Saint-Martin

                                           

 

Saint-Quentin, le 6 janvier 1913

L’église Saint-Martin de Saint-Quentin est en voie d’achèvement. Autant dire même qu’elle est terminée.

Elle fut ouverte au culte le 15 août 1896, mais elle était loin d’être finie. On avait séparé les dernières travées du reste de l’édifice resté à l’état de « gros œuvre » par une cloison de planches  et le culte s’exerçait  tant bien que mal, sans aucune solennité possible.

Maintenant, c’est une église, une vraie église à laquelle il manque encore pas mal de choses, telles qu’un mobilier, des grilles, des ornements et des cloches mais les paroissiens n’y manquent pas, et c’est là l’essentiel.

Le quartier se trouvait réellement déshérité au point de vue spirituel. M. Julien, qui fut un très saint homme s’en ouvrit à M. l’abbé Dehon et ils résolurent, en 1889, d’édifier sur la partie ouest de la ville une église qui prendrait pour titulaire saint Martin.

Avant la Révolution, il y avait eu une église Saint-Martin non loin de l’actuelle rue Saint-Prix, mais ce petit sanctuaire avait disparu dans la tourmente et d’ailleurs le faubourg devenu si populeux n’existait pour ainsi dire pas avant 1789.

En 1896, M. Pierre Bénard qui fut l’architecte de la nouvelle église, faisait les remarques suivantes :

« Sous le rapport de l’étendue des divers quartiers de la ville on peut évaluer de la manière suivante les services occupés par les habitations agglomérées: le faubourg d’Isle et le Petit Neuville annexé comprennent environ 120 hectares avec une population approximative de 8800 habitants ; le faubourg Saint-Jean 110 hectares et 12300 habitants, y compris la garnison, le faubourg Saint-Martin 110 hectares également, 9800 habitants, le centre de la ville y compris les Champs- Elysées et les quartiers de l’est et de Remicourt 170 hectares et 18 000 habitants. Tout cela fait en chiffres ronds, un total de 500 hectares et de 47 000 habitants soit une densité moyenne de population de presque un habitant par are.

Les points des faubourgs sur lesquels leurs églises ont été construites peuvent être considérés sensiblement comme les centres de leur moyenne distance respective à la Basilique et indiquent les chemins que les habitants avaient à parcourir pour se rendre à cet édifice avant la création d’autres paroisses. Ces moyennes distances sont calculées en suivant les rues qui procurent le plus court chemin."

Distance à la Basilique : pour Saint-Jean, 890 mètres, pour Saint-Eloi, 1130 mètres n Pour Saint-Martin, 1210 mètres. 

Le faubourg s’est bien augmenté depuis que M. Bénard faisait ces remarques ingénieuses et M. l’abbé Lobbé, ancien curé de Fourdrain, d’une vieille et honorable famille saint-quentinoise , qui est à la tête de la paroisse Saint-Martin , estime à dix mille au moins le nombre des ses ouailles.

Les limites paroissiales du côté de la ville sont la rue Crozat, les boulevards Victor Hugo et Henri Martin, les rues de Caulaincourt et de Fayet. L’agglomération d’ Oëstres dépend de Saint-Martin mais possède son église dont un vicaire fait le service.

La population du quartier est assez flottante. Il y vient des gens de la Somme et du Nord et de la campagne environnante pour travailler dans les manufactures, dont celles de MM. Hugues, Cliff, Labori, Brice et la distillerie de Rocourt sont les plus importantes.

Somme toute, population mélangée, migratrice, assez primitive et sur laquelle au point de vue religieux, il n’y a pas à faire grand fonds.

Mais, M. le curé de Saint-Martin est un homme prudent, connaissant bien son peuple et qui, tout en s’aidant, laisse faire au temps et à Dieu.

Les œuvres habituelles, patronage persévérance, groupement d’hommes, mères de famille, conférences de Saint-Vincent-de –Paul, etc. etc., ont été instituées par lui et prospèrent.

120 enterrements, 75 mariages, 200 baptêmes, 130 enfants à la première communion, voilà le bilan qui prouve que la paroisse a une vie religieuse assez intense.

Regardons l’église maintenant. Elle se présente très bien, au fond d’un terrain vague qui pourrait devenir un très beau square où les bonnes gens du quartier viendraient respirer les soirs d’été.

M. Pierre Bénard – à qui succède M. Billiet- a conçu le monument dans le style ogival primitif. Trois porches correspondent à trois nefs couvertes du même toit. Ils sont flanqués de deux tourelles à escalier et sommés d’un hardi clocher dont le coq tourne à 220 pieds du sol.

A la base du clocher, dans une sorte de tympan, sont encastrées les statues grossièrement taillées des patrons des anciennes paroisses du quartier : saint Louis, saint Prix, saint François accompagnant saint Martin, apôtre des Gaules.

A l’intérieur, le vaisseau s’élève bien. Il y aurait peut-être des critiques de détails à faire, mais enfin M. Pierre Bénard a pris un parti, il a dressé franchement, dans une architecture de la fin du XIIͤͤͤͤͤͤe siècle, de minces colonnes en fonte pour recevoir les arcs doubleaux et les arcs formerets de la voûte et à chaque entrecolonnement,  il a fait correspondre une fenêtre soit douze de chaque côté, très étroite et très haute.

L’ensemble n’est pas déplaisant.

L’église a comme dimensions : 72 mètres de long, 22 mètres de large hors d’œuvre, 18 mètres sous voûte, 8 mètres de largeur de nef et 4 de collatéraux.

Les colonnes en fonte mesurent 11 mètres 25.

La construction est toute en briques sauf les porches et une balustrade extérieure qui court tout autour à la tombée de la toiture en ardoises et jette une note claire sur ces grandes surfaces uniformes rouges et bleues.

Le terrain sur lequel est l’église avec une petite place (à créer) devant, acheté en septembre 1889, a coûté 8 000 francs. La valeur de ce qui reste a beaucoup augmenté depuis, on s’en doute.

Des familles généreuses ont donné des sommes considérables pour l’édification de l’église, mais malgré tout elle était restée inachevée. M. l’abbé Delorme, vicaire de la Basilique a accepté la très lourde charge d’en être l’un des propriétaires et de la terminer. Il y faut plus, beaucoup plus de cent mille francs, car l’église toute construite en aura couté près de quatre cents …

Il s’est mis à l’œuvre gaillardement, comme il fait toute chose.

Le psalmiste nous dit bien que si Dieu ne bâtit la maison, ceux qui la construisent travaillent en vain. M. l’abbé Delorme ne se fait pas faute de réclamer l’aide du ciel, mais il ne dédaigne pas non plus celle de ses concitoyens. Il ne m’a pas chargé de le dire, mais vous en êtes, comme moi, persuadés.

 

Le Guetteur

B.M. Fonds local

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