Articles, photos, gravures

Articles ❯ Nos écoles au fil du temps ❯ École de Plein Air Geneviève Coulon

École de Plein Air Geneviève Coulon

Geneviève Coulon était l'épouse de Georges Coulon, vice-président du Conseil d’État de 1898 à 1912.
Avant la Grande Guerre, elle s'était déjà intéressée à l'éducation des jeunes filles. Pendant le conflit, elle se dévoua pour l'enfance malheureuse. La paix revenue, elle fonda « L'école pour l'école » et demanda aux élèves des régions épargnées de venir en aide aux écoliers des régions dévastées. Elle centralisa les dons et les distribua.
Lorsque le maire Romain Tricoteaux fait appel à elle pour la construction d'une école de plein air, elle obtient la somme de 250 000 F de l'association américaine « French Restauration Found ». Malheureusement elle ne verra pas le projet abouti car elle meurt le 3 juillet 1926 à St Georges de Didonne.
Une « école modèle souhaitée »
Ce sont les termes mêmes qui furent employés en 1932 lors l'inauguration de l’École de Plein Air Geneviève Coulon.


Ecole de Plein Air en 1932
Pourquoi « modèle » ?
Pourquoi « souhaitée » ?
Le mouvement hygiéniste :
Une nouvelle conception de l'école de plein air :

C'est un médecin suisse, le docteur Rollier, qui ouvre la première école destinée aux enfants pré-tuberculeux. L'héliothérapie et l'aérothérapie vont être mises au service au service de l'hygiène et de la prophylaxie.
La réputation de sa méthode influencera de nombreux médecins comme Paul Félix Armand-Delille qui préconise la création de tels établissements en France.
En 1922, c'est la naissance du Comité National des Écoles de Plein Air qui élabore le profiltype de ce genre d'établissement : il s'agit d'un établissement d'éducation, situé hors des villes, dans de bonnes conditions d'exposition et réservé aux enfants non tuberculeux mais ayant besoin d'un régime scolaire et hygiénique spécial sous contrôle médical. »
Douches, réfectoire, lavabos, salles de classes doivent être ensoleillés.
Quant à l'enseignement en école de plein air, ce doit être une éducation naturelle et active, l'enfant étant pris dans son entier, dans la réalité et l'unité de son être complexe -corps et esprit. D'où la nécessité de se référer à la pédagogie de novateurs comme Célestin Freinet, Maria Montessori, et Georges Hébert pour l'éducation physique.
Et l'école de Plein Air de Saint-Quentin va répondre à tous ces critères sans exception !
Après la Première guerre mondiale, la situation sanitaire à Saint-Quentin est préoccupante. Les privations et les conditions précaires de l'habitat auront des conséquences dramatiques pour plusieurs générations d’enfants.
La volonté de la municipalité, la ténacité de Geneviève Coulon et le talent de l'architecte Germain Debré vont permettre la création d'un établissement exemplaire dans le genre.
Le site choisi : C'est celui de l'ancienne caserne St Hilaire (87ème R.I), à la lisière de la ville, sur une éminence, alentours dégagés de toute usine à l'époque, endroit donc parfaitement aéré et exposé.
Respect des préceptes de l'école de Plein air idéale : Les travaux commencent début 1930. Le gros oeuvre est terminé à la fin de l'année.
L'immeuble, d'unesymétrie parfaite, comprend deux écoles (filles d'une part, garçons de l'autre), la conciergerie,
chaufferie, les cuisines et les douches étant des services communs.
Le rez-de-chaussée de chaque école comporte les salles d'attente et de visite pour le médecin scolaire, les lavabos, les vestiaires et les réfectoires.
A l'étage, on trouve les 6 classes (3 côté garçons, 3 côté filles). Aux extrémités : classe de couture et classe d'enseignement ménager d'une part, classes d'enseignement technique (bois et fer) d'autre part.
Au centre, les douches avec lingerie et déshabilloirs.
Au dehors, au pied de chaque classe, on a prévu un espace pour dispenser l'enseignement en plein air.
La toiture du bâtiment est un toit-terrasse. C'est une construction qui s'inscrit dans le mouvement architectural des années 30.
Le fonctionnement de l'école (tant sur le plan sanitaire, alimentaire et pédagogique) va suivre les préconisations des médecins hygiénistes et des partisans d'une pédagogie renouvelée.
Dès le début l'école de Plein Air a été considérée comme une école modèle.


Pratique quotidienne de la gymnastique respiratoire

Sieste quotidienne des enfants (lits pliants installés dans les cours de récréation


Réfectoire : Petit-déjeuner, repas de midi, riches et adaptés à chaque enfant, et goûter avant le retour dans la famille.


Emplacement réservé aux classes en plein air.
Le rehaussement de l'école :
Après la Seconde guerre, à la réouverture de l'école, on constate des fuites d'eau provenant des toits-terrasses. Les réparations s'avérant trop onéreuses, il est décidé de rehausser le bâtiment d'un étage. Ceci permettait de créer deux grandes salles de cure, chauffées par le sol. Les travaux, confiés à l'architecte municipal Richard, eurent lieu en 1950-51.
Chapeauté de toitures en pente, l'allure de l'immeuble conçu par Germain Debré changeait radicalement.


Vue aérienne - L'école après le rehaussement.
Le fonctionnement jusqu'en 1998 :
Malgré la régression puis la disparition de la tuberculose, la misère sévissait toujours et les enfants fragilisés par les maladies et affections diverses, parfois handicapantes, toujours présents.


Une classe en 1957.
Fort heureusement et pendant de longues années encore, la municipalité de Saint-Quentin a continué à croire à l'utilité d'un tel établissement, considérant que donner un enseignement de qualité dans un contexte d'hygiène et de surveillance médicale à des enfants déficients et/ou défavorisés était une priorité.
Toutefois des difficultés de recrutement vont apparaître et devenir préoccupante au début des années 1980 (effets de loi d'orientation de 1975 et des circulaires de 82 et 83 mettant en place l'intégration en milieu scolaire
ordinaire des enfants et adolescents handicapés).
S'en suivra une redéfinition des missions de l'équipe enseignante de l'école de Plein Air de Saint-Quentin et leur mise en application :
1-scolarisation d'enfants malades au sein de l'école.
2 -scolarisation au Centre hospitalier avec création d'une classe dans le service de pédiatrie.
3- scolarisation d'enfants à domicile.
Ces différentes missions furent menées à bien, avec sérieux, enthousiasme et efficacité, et correspondaient à des besoins parfaitement identifiés. Malgré cela, les effectifs de l'établissement continuant à diminuer, l'Administration va décider de sa fermeture, qui sera effective fin juin 1998. Depuis lors, le bâtiment est le lieu d'activités de clubs et d'associations diverses.
SOURCES
L'école de Plein Air de St Quentin – Germain Debré ( 1924
– 1931) -Mémoire de Gaëtanne Genaille- École d'Architecture de Versailles – novembre 2002 – cote B 72.
Institut Français d'Architecture -Centre d'archives d'architecture-127 rue de Tolbiac – 75013 Paris : Germain Debré – École de Plein Air de st Quentin -cote 13/09.

- Revue "L'Architecte", "l'Architecte d'Aujourd'hui" et revue « L’Hygiène par l'Exemple » - B.N.F. 11 quai François Mauriac -75013 Paris.
- L’École de Plein Air – Le Grand Echo- 21 et 25 octobre 1931.
- Mme Eugène Coulon, bienfaitrice de Saint-Quentin- Le Grand Echo- 30 mai 1932.
- Fédération des colonies de vacances du Nord et de l'Est de la France – Congrès de saint-Quentin – 22 et 23 février 1936 – Le Grand Echo – 8 février 1936.
- Une expérience pédagogique nouvelle : l'Ecole de Plein Air – Jouenne Alice -Radot-Paris.
- Séances du Conseil municipal de Saint-Quentin ( 2 février 1923- 13 avril 1923- 23 janvier 1925- 27 décembre 1927- 23 mars 1928- 2 décembre 1930- 6 janvier 1931- 6 février 1931- 5 juin 1931- 16 juillet 1931- 11 septembre 1931- 6 novembre 1931- Société Académique de Saint-Quentin.
- Biographie de Germain Debré – IFA-Centre d'Archives d'architecture du XXème siècle.
- Photos Ecole de Plein Air de Saint-Quentin – Fonds iconographique de « l'Hygiène par l'Exemple » - CEDIAS -Musée Social – 5 rue Las Cases – 75007 Paris.
- Archives municipales de Saint-Quentin – 53 rue Henry Dunant.
- Écoles de Plein Air et Naturisme : une innovation en milieu scolaire- Villaret Sylvain et Saint-Martin
Jean-Philippe -Science et motricité – 2004/1 n°51 -De Boeck Université.
- Hygiène de l'enfance et éducation physique : rôle de la médecine scolaire après la Première Guerre Mondiale (1918 – 1924)
– S.Fauché -CERSEP-UFR-STAPS, Université Bordeaux II, Avenue Camille Jullian, 33400 Talence.
- L'Orphéoniste saint-quentinois du 1er juillet 1936. SudOuest.fr – Blogs -St Georges de Didonne.
- Photos Maryse Trannois.
- Archives personnelles Gérard Monsieur : notes, documents et photos

Retour en haut