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Les cugnots

 

V’la la bell’candelle

Minuit

Minuit !

Voilà les beaux cugnots

Quat’pattes

Quat’pattes !

 

Des marmousets tenant des bouts de bougie allumés dans un cornet vont, le 24 décembre au soir, de porte en porte, chantant ce refrain, pour demander aux bons habitants de Saint-Quentin, « leur petit Noël ». Les quelques sous ramassés leur servant à acheter des « cugnots » ces brioches à quatre cornes dont il se fait grande consommation dans toute la Picardie la veille, la nuit et le jour de Noël.

Et précisément, l’autre nuit, en réveillonnant, une dame me dit en voyant s’allonger sur la table un cugnot doré et parfumé.

-Pourquoi cet usage et d’où vient ce non ?

Il est entendu qu’un journaliste ne peut jamais rester court. Pour soutenir cette bonne opinion, un journaliste qui défend l’honneur de la corporation doit savoir au besoin inventer des théories, créer de l’histoire et forger des nouvelles. Dans le cas présent, je ne fus pas réduit à cette extrémité.

J’avais précisément causé « cugnot » et « candelle » avec un ami qui est l’érudition même et j’avais pris quelques notes. Si bien que je fus moi-même d’une érudition foudroyante, ce qui me valut un petit succès très flatteur.

Je tirai de ma poche un papier et je lus ce passage de l’introduction de l’Histoire de la Picardie, de dom Grenier, un bénédictin du siècle dernier.

« Il est d’usage encore dans plusieurs églises de la campagne du diocèse d’Amiens de chanter aux Matines de Noël le sermon de saint Léon ; Salvator noster, dilectissimi, hodie natus est gaudeamus ! avec une sorte de cérémonie.

« On fait cet honneur ordinairement à un des principaux de la paroisse qui répète trois fois les mêmes paroles, et à la fin de chaque répétition le peuple se met à crier à pleine gorge : Noé ! Noé ! Noé ! en signe d’allégresse. Pendant le premier cri, celui qui chante la leçon, présente au chantre une espèce de gâteau qu’on nomme Cuignot ou Cuignet ».

« Mais pourquoi ce gâteau ? On pourrait remonter aux premiers âges du monde et parler de ces pains en forme de croissant (le Cugnot est formé de deux croissants adossés) qu’apportaient les Hébreux aux prêtres, à certaines fêtes d’origine astronomique.

Adrain Viallart

Journal de Saint-Quentin 27 décembre 1900

B.M. Fonds local

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