Articles, photos, gravures

Articles ❯ Saint-Quentin , il y a 100 ans ❯ Chez de La Tour. Vingt sous d'entrée.

 

Chez de La Tour.

Vingt sous d’entrée

                                                

Le Conseil municipal a décidé hier que les visiteurs de l’Hôtel Lécuyer paieraient un droit d’entrée de 1 franc en semaine, l’entrée du dimanche restant gratuite. Jusqu’ici la situation était telle : l’entrée était publique et gratuite naturellement, le dimanche et le jeudi ; les autres jours de la semaine les étrangers pouvaient visiter les collections en s’adressant au concierge et en lui laissant une petite rétribution pour son dérangement.

Sans la première ferveur de la loi sur le repos hebdomadaire, on avait même voulu fermer implacablement le musée à tout venant le vendredi afin de permettre au concierge de se reposer ; mais on a réfléchi que c’était précisément en gardant les pastels qu’il se reposait, tandis que pour respecter la loi, il était obligé d’aller se promener, ce qui est plus fatigant. Aussi n’a-t-on pas insisté.

Les pastels appartiennent pour moitié à l’Ecole de dessin et pour moitié aux hospices. Leur réunion constitue donc une collection privée dont il est loisible à la ville, qui représente et les hospices et l’Ecole gratuite, de faire payer l’entrée. Nous croyons savoir que le produit de ces entrées, moins un tant pour cent attribué au gardien, ira à la caisse de l’Ecole gratuite qui ne remplit pas complètement son but, faute d’argent.

Nous reviendrons sur la question qui est d’importance pour notre ville. Les efforts en ce qui concerne l’art appliqué à l’Industrie, sont extrêmement dispersés et, somme toute, Saint-Quentin n’a pas la situation de ville industrielle d’art auquel elle a droit et qui augmenterait singulièrement l’importance de sa fabrique.

Maintenant, l’expérience seule dira si ce taux de 1 franc n’est pas exagéré. Les collections Le Sérurier, qui garnissaient le rez-de-chaussée de l’hôtel Lécuyer, très intéressantes pour un particulier, sont assez médiocres au point de vue de l’enseignement général. Au premier étage, il est vrai, avec la collection des antiquités de Vermand, se trouve celle des quatre-vingt-sept esquisses, préparations ou portraits achevés du pastelliste De La Tour.

Il parait- ceci nous semble exagéré, mais enfin nous a été affirmé par des gens sérieux- que les trois petites salles de la collection De La Tour sont annuellement visitées, en dehors des jours publics où il n’y vient jamais personne, par dix mille étrangers. On peut se demander si le franc d’entrée ne réfrènera pas cet heureux engouement.

D’autre part, les pastels sont but de pèlerinage pour des sociétés savantes ou littéraires, ou artistiques ; le tarif plein leur sera-t-il appliqué ? A notre avis, c’est bien difficile, parce que véritablement et quelle que soit notre grande estime pour De La Tour, il ne se comprend bien, surtout à Saint-Quentin, qu’expliqué, et l’ensemble du musée ne nous parait pas comporter vingt sous d’entrée.

Et puis, il y a la question des copistes qui est à examiner. On ne peut vraiment pas leur faire payer l’entrée …

En tout cas beaucoup de Saint-Quentinois se diront certainement, que puisque ça coûte si cher d’aller voir les pastels en semaine, ça doit valoir la peine d’aller les voir pour rien le dimanche, et ainsi la décision prise hier par le Conseil municipal aura-t-elle tout au moins cet excellent résultat de faire mieux connaître à nos concitoyens le dix-huitième siècle et le portraitiste qui en a le mieux dégagé l’esprit.

 

 Journal de Saint-Quentin

Janvier 1913

B.M. Fonds local.

Retour en haut