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1832, le choléra est à Saint-Quentin

Le choléra venait de l’Inde et était arrivé aux portes de Paris le 26 mars. Il devait y faire 18 000 victimes en 6 mois. Saint-Quentin avait alors 20570 habitants et il  mourait environ une dizaine de personnes par semaine.

Voilà comment l’on décrivait alors les symptômes :

Toute personne qui se sentirait affectée subitement de douleurs sourdes dans les membres , de pesanteurs de tête, d’étourdissement, de sentiment d’oppression, d’anxiété de poitrine, d’ardeur et de brûlure au creux de l’estomac, de coliques devra tout de suite appeler un médecin ou réclamer l’assistance de l’un des membres de la commission sanitaire composée de MM Lyson, Dupois, Demarolle-Pirou, Bourbier Lefranc, Le Brut, Dollé-Arpin, Desains et Ch. Quentin auxquels ont été  adjoints temporairement MM. Lefèvre Allot- Hénocques, Coutant-Cambronne, Monoury, Salmon et Delaby.

L’hôtel-Dieu situé rue Emile Zola fut complètement affecté au service des malades atteints de cette maladie. Les autres souffrants plus ordinaires furent évacués à l’hospice des orphelins, rue Cordier.

C’est le 13 avril que la maladie pénètre vraiment dans la ville. Un certain François Mathon meurt à l’Hôtel-Dieu malgré tous les soins prodigués par les médecins. Une autopsie est faite en présence de plusieurs personnalités et les lésions anatomiques ne laissent aucun doute : le choléra est bien arrivé dans la ville.  

Bien entendu, les habitants s’inquiètent. Le maire Namuroy essaie de les rassurer et prend plusieurs arrêtés pour rassurer ses administrés. 

Art 1er  Toutes permissions données précédemment pour l’exercice de professions reconnues nuisibles à la salubrité telles qu’équarrissage, fabrication, d’huile de pieds-de-bœuf, de noir animal, de poudrette, fonderie de suif en branches et de plomb, dépôt de fromages, etc. ; demeurent annulées et seront considérées comme non avenues.

Les fabricants de chandelles ne pourront en continuer la fabrication qu’après avoir établi dans leurs ateliers des cheminées dont il leur sera donné un modèle.

Art.2. Les cabaretiers, cafetiers, aubergistes, directeurs de salles de bal et autres personnes donnant à boire , seront tenus d’avoir des baquets conformes à ceux placés devant l’hôtel de ville et destinés à recevoir les urines. Ces baquets seront tenus avec la plus grande propreté et vidés dans les latrines deux fois le jour.

Art.3. Il est expressément défendu de laisser couler ou jeter dans la rue des eaux grasses ou exhalant de mauvaises odeurs ; ces eaux devront être vidées dans les latrines. Il ne pourra rien être jeté d’insalubre par les fenêtres ni par les conduits qui aboutissent dans les rues.

Art.4.Les cabaretiers, charcutiers, bouchers, et autres, logeant des bestiaux, tiendront leurs étables et leurs écuries dans un état de propreté complète; les fumiers seront enlevés deux fois par semaine. Personne ne pourra mettre de bestiaux dans des petits celliers.

Art.5. Les cuirs et les peaux provenant d’animaux tués ne pourront être déposés sur la voie publique ni dans l’intérieur de la ville.

Art.6. Les habitants des rues qui ont peu de pente, devront y jeter de l’eau, tous les matins, à 8 heures et balayer immédiatement après. Ils devront également balayer en cas d’arrosement.

Art.7. La marée dite à tourne-dos est proscrite et ne pourra être vendue sur le marché. Elle devra être enfouie, d'après les ordres du Commissaire de police.

Il est défendu de laver les poissons de mer sur la place , ni dans les rues de la ville.

Art.8. Les indigents seront tenus, par mesure de salubrité de blanchir à l'eau de chaux, dans les plus brefs délais, l'intérieur des maisons qu'ils habitent. En cas de refus, ils seront privés de secours du bureau de bienfaisance et des bouillons qui doivent leur être distribués; et ce sans préjudices des peines de droit.

Art.9. Les contrevenants seront punis de peines de police. Expédition du présent arrêté sera transmise à M. le Commissaire de police chargée de son exécution.

Art10. MM. Cambronne frères, ayant par un sentiment bien louable d'humanité, fait construire et mis à la disposition de l'Autorité, une salle de bains dans leur établissement de la rue des Cordelières . Des cartes de bain seront délivrées gratis par les commissaires de quartier.

L'établissement est susceptible de contenir six personnes à la fois. Il sera ouvert les mardis pour les hommes et mercredis pour les femmes , de cinq heures du matin à sept heures du soir.

St- Quentin, le 17 avril 1932

Le Maire

Namuroy.

Du 29 avril au 5 mai, 21 décès seront inscrits dans les registres et 31 décès du 6 au 12 mai. l'épidémie  décroit alors et le 2 juin la garde nationale pouvait reprendre ses exercices.

D'après Adrian Villart " Journal de Saint-Quentin"

B.M. Fonds local.

 

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